Le Centre Sécurité Requin a-t-il vocation à détruire les écosystèmes de nos lagons ?!

Le 15 décembre, un père et sa fille font la rencontre d’un requin juvénile d’espèce indéterminée d’environ 1m50 et un peu trop curieux, dans le lagon de Saint-Pierre du côté de Ravine Blanche. Le requin les aurait « chargés » mais a aussitôt fait demi-tour sans autre conséquence.

La presse locale s’empare immédiatement de l’affaire : certains médias parlent alors d’une attaque d’un requin bouledogue d’au moins 2m, voire même d’un adulte, en plein dans le lagon…..Haro sur le dangereux prédateur !

La CIVIS interdit jusqu’à nouvel ordre la baignade et les activités nautiques sur les plages du centre-ville à la Ravine Blanche. 

Et dès le lendemain, le Centre Sécurité Requin (CSR) sort la totale à Ravine Blanche : activation du protocole requin, survol de drones, pêche au filet au beau milieu des coraux, et opérations de pêche « ciblées » à la palangre (drumline) derrière la barrière corallienne.

Las, le juvénile ne s’en laisse pas conter : « Selon le CSR, le requin, cerné par le filet des pêcheurs, a déployé suffisamment d’énergie pour s’échapper du piège et rejoindre le large, suivi par un des pêcheurs affectés aux drumlines » (Quotidien, 18/12/21).

On ne vous fait pas un dessin sur le piétinement du corail (formellement interdit) occasionné par les pêcheurs en train de courir après le requin avec leur filet….

Pourtant le 16 novembre, sur la page Facebook « Observations Requins 974 », Christophe Perry, coordonnateur du programme de pêche du CSR, expliquait déjà à quel point ce type de pêche est destructeur  dans le lagon de Saint-Pierre :

« C’est une fièvre pour pêcher au filet, ce lagon de St-Pierre. Corail en forme, et roches partout, pas de fond, pas mal d’autres espèces qui risquent d’y passer si on laisse un trémail la nuit…..Compliqué cette zone, casser le corail et pêcher d’autres espèces, ça passera pas et on va s’en prendre de partout » (sic).

Mais cela ne les a pas empêché de lancer la pêche au filet dans le lagon dès le 16 décembre ! Résultat des courses : 2 requins tigres massacrés au large. Mais de juvénile, point.

Au fil des jours, ledit public, lassé par l’interdiction de baignade en pleine chaleur, et sans doute révolté par cet abus de pouvoir manifeste et des mesures disproportionnées, retourne à l’eau malgré le drapeau rouge.

Arrive le 24 décembre, jour de Noël. Une coïncidence ? Alors que la plupart des gens sont occupés à préparer les fêtes et à faire leurs derniers achats, le CSR décide ni plus ni moins de venir installer en douce un autre filet maillant, dans le lagon du centre-ville cette fois.

Installé à demeure, sur une trentaine de mètres en direction du platier récifal, il est destiné à pêcher jour et nuit. Que le filet – à mailles fines – se prenne dans le corail et le brise, qu’il capture au passage tous les petits poissons du lagon (balistes, poissons cochers, poissons papillons,….) qui restent prisonniers des mailles, ce n’est visiblement pas leur problème : il faut tuer ce fichu requin juvénile !

La « légalité » de l’opération pose également question. 

Certes, le CSR bénéficie pour ce faire de dérogations de la DMSOI (Direction de la Mer Sud Océan Indien) à l’arrêté préfectoral consolidé n°1742 du 15 juillet 2008 sur la pêche professionnelle, lequel précise en son article 23 (pêche dans les lagons) :

« L’ensemble des plate-formes récifales de l’île (communément appelées « lagon ») comprenant les chenaux d’arrière récif et les platiers coralliens, depuis la plage jusqu’à la barrière de corallienne, constitue une réserve de pêche. A l’intérieur de la réserve de pêche, seules la pêche du capucin nain et la pêche à pied à la ligne sans moulinet (pêche à la gaulette) sont autorisées, de jour et sur les seuls fonds sableux, dans la limite de 25 mètres de la ligne des plus hautes eaux ».

Mais cela n’autorise nullement le CSR sous le prétexte de pêche au requin, à détruire les écosystèmes coralliens de nos lagons ! Les petits braconniers ne font guère « mieux »……

Alors me direz-vous : mais que fait la police ? Ben rien, vu que le président du CSR n’est autre que la sous-préfète de Saint-Paul. Le CSR, protégé par l’Etat, a donc tous les droits…..

Et soyez contents braves gens : tout ça, c’est avec votre « pognon ». Le CSR ne fonctionne qu’avec de l’argent public.

Depuis, heureusement, les choses sont rentrées dans l’ordre. Des représentants de l’Association Citoyenne de Saint-Pierre se sont émus de l’affaire et ont clairement dit leur façon de penser au pêcheur qui était venu inspecter le filet le soir du 24 décembre.

Le lendemain, plus de filet dans le lagon du centre-ville. Dont acte. Jusqu’à la prochaine sans doute. Car en matière de coups pendables, le CSR n’en est pas à ses débuts.

Faut-il rappeler en effet que depuis 2018, le CSR s’est rendu coupable de près de 166 infractions à la réglementation (une paille !) à l’occasion de pêches aux requins dans les zones de protection renforcée 2A et dans les sanctuaires de la Réserve marine de la Réunion ?

Plainte a été déposée par nos associations auprès du Procureur de la République. L’affaire est toujours en cours. A suivre.

On signalera pour finir des contradictions évidentes dans le discours du directeur du CSR Willy Cail. Alors que le Quotidien du 18/12/21 décrit clairement l’opération de pêche au filet en cours à Ravine Blanche, M. Cail affirme le 27 décembre sur le site ImazPress qu’aucun filet n’a été utilisé sur ce site, mais bien « une opération de pêche sans filet, à l’aide d’hameçons, complétée par une technique d’encerclement par drones ».

Affirmation contredite à nouveau par le Quotidien du 28/12/21 qui titre, en parlant de Ravine Blanche : « Le filet anti-requins retiré demain ? » ……

Alors qui ment ? Qui essaie de balader le public ?

Une chose est certaine : nous continuerons à surveiller les agissements du CSR comme le lait sur le feu. Ces gens-là se croient décidément tout permis.

Les petits braconniers, on leur colle des amendes, et on les met éventuellement en prison. Allez donc leur expliquer désormais le pourquoi du comment, et « comment ça se fait que le CSR, lui, il ait le droit de….. ?». On vous souhaite bonne chance.

Didier DERAND, Représentant du Collectif d’Associations :
Sauvegarde des Requins – Requins Intégration – Shepherd France – Longitude 181 – One Voice – Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS)- Tendua pour la sauvegarde de la biodiversité – Le Taille-Vent- Vivre Activement pour Garder Un Environnement Sain (VAGUES)

crédit photo : Association Citoyenne de Saint-Pierre

Non à la pêche aux requins dans les zones de protection renforcée

Une consultation du public est en cours jusqu’au 20 décembre 2021. Elle concerne l’avenir de la Réserve Naturelle Nationale Marine de La Réunion, notre patrimoine à tous .

20 jours seulement pour s’exprimer!

Depuis le début de la pêche en 2013, l’Etat a déjà liquidé 571 requins dans les eaux réunionnaises : 171 bouledogues et 400 tigres (données publiées au 31 octobre 2021).


Mais cela ne lui suffit pas, il en veut toujours plus. Il lui faut désormais tuer tout requin observé, y compris dans les zones les plus protégées de la Réserve marine.
Cette destruction systématique n’est pas acceptable, et ce pour de multiples raisons.

Quand il a été consulté – ce qui n’a pas toujours été le cas – le Conseil Scientifique de la Réserve marine a toujours émis des avis très défavorables à la pêche aux requins dans les zones de protection renforcée (ZPR) de la Réserve marine. Le préfet les a hélas toujours superbement ignorés.

La première étude de « l’effet réserve » (synthèse du 19 janvier 2017) a montré en effet que le repeuplement en poissons est encore loin d’être acquis, et que les massifs coralliens se sont fortement dégradés du fait de la dégradation générale de l’environnement littoral de l’Ouest de la Réunion. Il importe donc de protéger encore plus les écosystèmes coralliens de la Réserve marine. L’Etat, lui, fait le contraire…..

L’Etat peut donc déjà tuer du requin sur 60% de la Réserve. Et il voudrait 95% ?!

Pourtant la pêche dans ces zones protégées n’est nullement une nécessité puisqu’elle est déjà possible et pratiquée dans les zones de protection générale (ZPG), qui représentent 50% de la Réserve marine. Les zones de protection renforcée ne représentent que 45% (10% pour les ZPR 2B, réservées à la pêche professionnelle ; 35% pour les ZPR 2A), et les zones de protection intégrale ou sanctuaires seulement 5%.
L’Etat peut donc déjà tuer du requin sur 60% de la Réserve. Et il voudrait 95% ?!
Alors réserve marine ou réserve de pêche préfectorale ?!

L’Etat laisse clairement entendre que la Réserve marine porterait une responsabilité dans les accidents, un discours constamment asséné par une majorité de pratiquants du surf. Or il n’en est rien. Dans son avis du 9 février 2017, le Conseil Scientifique « rappelle que les attaques ont principalement eu lieu là où se pratiquent les activités de surf, sur des zones où la géomorphologie récifale le permet, grâce à une discontinuité du récif, ce qui est le cas de Boucan Canot (et des autres spots de surf en situation récifale). Cela n’a rien à voir avec le fait que ce soit une ZPR ou une ZPG ».

D’ailleurs, tant l’étude CHARC (2011-2014) qu’une étude plus récente (Soria et al, 2019) ont démontré que la répartition spatiale des requins bouledogues – l’espèce impliquée dans les accidents – était centrée à l’extérieur de la réserve et non à l’intérieur.

S’agissant du protocole « rigoureux » dont l’Etat s’enorgueillit et de l’interdiction de pêche en zone de protection intégrale, on ne peut que constater la violation systématique de ces dispositions par le Centre Sécurité Requin (CSR).
Sur les 4 dernières années en effet, le Conseil Scientifique a relevé près de 166 infractions aux arrêtés préfectoraux sur la pêche en réserve et à la réglementation de la réserve marine à l’occasion de pêches du CSR en ZPR 2A ou en sanctuaires !! Preuve s’il en était besoin que le préfet est incapable de contrôler les agissements du CSR.
Une procédure en justice est d’ailleurs en cours, 5 associations de notre Collectif ayant déposé plainte au pénal contre « X » pour ces faits.

La politique de l’Etat est d’autant plus absurde que depuis 2018 :

  • Les requins tigres, qui ne sont quasiment pas impliqués dans les accidents (un seul accident répertorié par le CSR en 10 ans), représentent 31% des captures, soit 5 fois plus que les bouledogues,
  • Les prises accessoires représentent 62% des captures !

S’agissant des deux espèces de requins ciblées – le bouledogue et le tigre – elles sont inscrites sur la liste rouge de l’UICN avec le statut quasi-menacé.
Et des études génétiques récentes (Pirog et al, 2019 ; Bernard et al., 2021) sont venues souligner l’urgence à protéger les requins tigres. Car détruire systématiquement cette espèce dans les eaux réunionnaises impacte toute sa population Indo-Pacifique Ouest.
Or, il est important de le rappeler : il n’a jamais été démontré scientifiquement que la pêche aux requins dans les ZPR 2A diminuait le risque requin.

Les prises accessoires, elles, sont vitales pour la restauration de la biomasse dans la Réserve marine : carangues, mérous, barracudas, raies, autres espèces de requins, etc…..
Par ailleurs, on y trouve de nombreuses espèces menacées ou en voie d’extinction : grande raie guitare, requins marteaux, raie pastenague à taches noires, requin nourrice fauve, tortue verte, etc….
Pour mémoire, au 31 octobre 2021, le CSR avait capturé plus de requins marteaux halicornes (55), en danger critique d’extinction, que de requins bouledogues (51).

Certes, il se targue de relâcher « vivantes » 82% des prises accessoires, soit une mortalité directe de 18%. Mais ces taux ne préjugent en rien de la survie réelle des prises accessoires, en particulier celles relâchées « fatiguées » ou blessées.
Les requins marteaux halicornes par exemple sont extrêmement sensibles à la capture et ne survivent que très peu de temps. S’ils ne sont pas tout simplement dévorés par d’autres prédateurs.

A contrario, des solutions non létales efficaces existent déjà et ont été mises en œuvre (dispositif Vigie Requin Renforcé et équipements de protection individuels EPI pour le surf ; filets de protection pour la baignade).

Par conséquent, il est parfaitement inutile – et écologiquement dangereux – d’autoriser la pêche aux requins dans les ZPR 2A de la Réserve marine, simplement pour défendre le loisir égoïste d’une poignée de pratiquants du surf.
Ces campagnes punitives ne sont pas acceptables dans un pays dit « évolué » comme le nôtre.

                        D.Dérand pour le Collectif d’Associations :

Sauvegarde des Requins – Requins Intégration – Shepherd France – One Voice – Longitude 181- Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS)- Tendua pour la sauvegarde de la biodiversité – Taille-Vent- Vivre Activement pour Garder Un Environnement Sain (VAGUES)

consultation du public

Silence, on tue !

Notre collectif d’associations contre cette chasse aux sorcières répond à la « propagande » de l’ancien CRA ( Centre de Ressources et d’Appui) devenu récemment CSR (Centre Sécurité Requin) et toujours autant financé par nos autorités.

Partie 5

Au final ce tissu de contre-vérités trouve son explication dans une déclaration du « responsable scientifique » du CSR (Quotidien du 19/12/19) : « la pêche doit se pratiquer partout et tout le temps ». La pêche à outrance est devenue le nouveau crédo du CSR et de l’Etat, incapables qu’ils sont de mettre en place des solutions alternatives non létales. 

Où sont passés les résultats des tests financés par le contribuable et entrepris par le CSR sur les barrières magnétiques, le sonar de détection, les équipements de protection individuels destinés aux surfeurs (tests réalisés en Nouvelle Calédonie) ? Aux oubliettes…

Tuer des requins, c’est beaucoup plus simple, ça calme une frange de l’opinion publique, et ça rapporte un maximum à certaines catégories de personnes.

Entre le début de la chasse aux requins en 2013 et le 30 novembre 2019, l’Etat a liquidé pas moins de 415 requins tigres et bouledogues dans les eaux réunionnaises. En pure perte.

Le ministère des outre-mer nous l’a bien confirmé : incapable de trouver une solution viable, l’Etat ne veut surtout pas que le public dise qu’il ne fait rien et reste les bras croisés. Et il veut encore moins être traîné en justice dans des procédures en responsabilité.

Alors il ouvre grand le parapluie, et il tue des requins, au moins là il fait quelque chose. 

Le CSR bénéficie de 2 millions d’euros de budget annuel, dont 800 000 euros rien que pour la pêche aux requins. Dans le prévisionnel 2020, le seul « coordonnateur du programme de pêche » est rémunéré 5000 euros mensuels. Pendant ce temps la SNSM locale (Société Nautique de Sauvetage en Mer) – qui fonctionne uniquement avec des bénévoles – a fermé boutique le 30/11/19, faute de subventions pour s’acheter…..des gilets de sauvetage conformes à la réglementation.

Lamentable !

En guise de conclusion, nous aimerions vous soumettre cette déclaration (Quotidien du 30/12/19) de Mme Alice Lemoigne, triple championne du monde de longboard ISA, une référence réunionnaise en matière de surf, qui est revenue vivre et s’entraîner sur son île fin 2018 :

« La réunion, ce n’est pas les Dents de la Mer ! Oui, il y a des requins. Et il faut faire très attention. Prendre ses précautions. Je m’entraîne soit avec la présence des vigies soit avec mon Shark Shield (un dispositif de répulsion électrique anti-requins, N.D.L.R.) en respectant toutes les règles de sécurité qui consistent à ne pas aller à l’eau quand les conditions ne sont pas bonnes, et j’arrive à m’entraîner sans problème. Toutefois, je précise que je n’incite pas les gens à aller surfer en disant cela. Je dis juste combien je mesure le risque et comment je prends mes responsabilités en sortant protégée. Il y a une psychose autour des activités nautiques à la Réunion ».

Une déclaration courageuse et empreinte d’honnêteté et d’un solide bon sens, les mêmes qui manquent cruellement au CSR et à l’Etat français dans cette affaire !

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Comment pêcher sans attirer : la recette du CSR

Notre collectif d’associations contre cette chasse aux sorcières répond à la « propagande » de l’ancien CRA ( Centre de Ressources et d’Appui) devenu récemment CSR (Centre Sécurité Requin) et toujours autant financé par nos autorités.

Partie 4

Le CSR affirme que les engins de pêche ne sont pas dangereux et que « la pêche de prévention dans les zones côtières n’attire pas plus de requins dangereux à la côte ». Une affirmation qui serait étayée par « une analyse statistique rigoureuse » dont les résultats sont que « ni l’appâtage, ni les types d’appâts, ni la présence de captures sur les lignes, n’ont augmenté la présence et la durée de visite des requins dangereux détectés dans la zone d’étude ».

N’importe quel scientifique sait qu’on peut faire dire à peu près n’importe quoi aux statistiques.

Si l’appâtage n’attire pas les requins, comment se fait-il que le requin tigre, qui vit principalement au large, se retrouve pris sur les lignes à la côte dans des proportions 4 fois plus élevées qu’une espèce côtière comme le bouledogue ?!

Si les types d’appâts n’ont aucune importance, comment se fait-il que le CSR ait tenté, au départ, d’imposer aux pêcheurs des prescriptions relatives aux appâts sur les PAVAC (palangres verticales avec alerte de capture) : « Les critères usuels pour les appâts devront être respectés (longueur et poids minima des appâts respectivement de 30 cm et de 1 kg ; appâts préalablement congelés ; poissons entiers). Priorité n°1 : bonite » (rapport trimestriel d’observation RTO n°1) ?

Le non-respect systématique de ces dispositions a d’ailleurs conduit le CSR à les abandonner pour la plupart – un comble – à l’exception de l’obligation de congélation pour laquelle les observateurs indépendants précisaient à partir du 20/04/19 (RTO n°4) : « La prescription concernant la congélation préalable des appâts, mal comprise par les pêcheurs, est maintenue dans le but de limiter l’attractivité des engins à un périmètre restreint ».

Las, dans les mois suivants, cette obligation a elle aussi été abandonnée pour des appâts plus attractifs (RTO n° 5), les pêcheurs étant probablement soucieux de rentabiliser leurs sorties et le CSR désireux de tuer plus de requins bouledogues : « Pas de contrainte sur la pré-congélation des appâts, les pêcheurs pourront ainsi utiliser les appâts fraîchement pêchés par leurs soins. (…) Des appâts vivants peuvent également être utilisés (…) ».

Alors ils attirent ou ils n’attirent pas, ces engins de pêche ?

Et si l’on affirme que la présence de captures sur les lignes n’attire pas les requins, comment expliquer par exemple ce mérou croissant queue jaune et cette grande raie guitare attaqués par des requins en mai 2018 alors qu’ils étaient pris à l’hameçon (synthèse n°3) ?

Et ce commentaire du CSR lui-même en juillet 2018 (synthèse n° 7)  à propos des grandes raies guitares : « deux individus ont été retrouvés avec des blessures liées à des morsures de grands requins, illustrant le fait que cette espèce constitue une proie potentielle des grands prédateurs comme les requins bouledogues » ?

En clair, pourquoi s’encombrer d’appâts coûteux payés par le contribuable, si cela n’attire pas les espèces qu’on veut pêcher ? Autant pêcher avec des hameçons nus, non ?

Le CSR pêcherait des requins avec des appâts qui n’attirent pas les requins. Non, franchement ? Ils font comment ?

La justification de la pêche à outrance

Le « responsable scientifique » du CSR déclare dans le JIR du 19/12/19 : « Tous les requins prélevés sont disséqués et analysés par l’Université de la Réunion pour que nous puissions mieux comprendre leur comportement ». 

On ne comprend rien ou pas grand-chose au comportement d’un animal vivant en le tuant et en le dépiautant. C’est de la propagande. Tout au plus saura-t-on ce qu’il a mangé d’après le contenu de son estomac….

Pour justifier la pêche, le même « responsable scientifique » affirme que les prises de requins ciblés se font plus rares – et que par conséquent ce programme est efficace à ses yeux. Bizarre.

Sur les années 2013 à 2017 inclus – soit en 60 mois – les différents programmes de pêche (Ciguatera 1 et 2 – Valo Requin – Cap Requin 1 et 2) ont capturé 113 requins bouledogues et 137 requins tigres. En comparaison, sur 20 mois d’activité, le CSR a capturé 29 bouledogues et 114 tigres. A durée égale, si le nombre de bouledogues capturés pendant la période CSR a légèrement chuté, celui des tigres par contre a littéralement explosé en étant multiplié par un facteur 2.5 !

Qui plus est, entre avril 2019 et le 18/12/19, le nombre de captures – en majorité des tigres – s’est maintenu à un niveau élevé, atteignant même un pic à 12 requins ciblés en novembre, avec un retour en force des captures de bouledogues début décembre.

Alors comment le CSR procède-t-il à ses savants calculs ?? Vite, une étude statistique !

De la même façon il affirme que le nombre d’attaques a baissé de façon significative depuis la mise en œuvre du premier programme de pêche en 2013. 

Selon le site info-requin, il y aurait eu depuis le début du programme : 6 attaques en 2013 (dont 2 morts) ; 1 attaque en 2014 ; 4 attaques en 2015 (2 morts) ; 1 attaque en 2016 ; 3 attaques en 2017 (2 morts) ; 1 attaque en 2018 ; et 2 attaques en 2019 (2 morts). 

A noter que le chiffre élevé de 2013 est à tempérer par trois cas où il n’y a eu ni blessure ni décès : 

  • 1 chasseur sous-marin simplement chargé par un requin à cause du poisson pêché,
  • 2 surfeurs pour lesquels « l’attaque » s’est résumée à une « légère trace sur la planche ».

Alors honnêtement, au moins en nombre de morts, nous ne voyons pas où se situe la baisse « significative ». Les morts de la « crise requin » apprécieront…..

Pour le reste, il nous semble essentiel de souligner que si le nombre d’attaques a pu paraître diminuer, c’est aussi et surtout lié au fait que :

  • Depuis juillet 2013, un arrêté préfectoral interdit la baignade et les activités nautiques sur la quasi-totalité du littoral,
  • La fréquentation des spots par les surfeurs – principale communauté visée par les accidents – a considérablement chuté,
  • Ces derniers ont fini, bon gré mal gré, par modifier leur attitude en termes de pratique : ils sont devenus plus prudents, surfent moins n’importe quand, et sont souvent désormais équipés de dispositifs individuels de répulsion (cf. conclusion).

De ce fait, la probabilité de rencontre entre les requins et les surfeurs a donc aussi largement chuté, ce que le CSR se garde bien de mettre en avant : la pêche avant tout !

Partie 5 : Silence, on tue !

Chiffres et transparence…partie 3

Notre collectif d’associations contre cette chasse aux sorcières répond à la « propagande » de l’ancien CRA ( Centre de Ressources et d’Appui) devenu récemment CSR (Centre Sécurité Requin) et toujours autant financé par nos autorités.

Des chiffres un peu bizarres

Le CSR affirme qu’au 18 décembre 2019 (date de la conférence de presse) le ciblage des espèces (% de requins ciblés capturés) était à la Réunion de 37% tandis que le taux de relâche (et non de survie comme l’affirme le CSR) des captures accessoires était de 85%. Au 30 novembre 2019, ces taux étaient respectivement de 33% et de 81%.

Remarquons déjà que depuis le 7 juillet 2018 (synthèse n°6), le taux de relâche des captures accessoires revendiqué par le CSR est systématiquement supérieur de 1 à 2% au taux réel. Erreur de calcul (systématique ??) ou tromperie volontaire, la question est posée.

Pour le reste, nous sommes contents de savoir que ces taux ont grimpé en flèche en 18 jours, juste avant la conférence de presse, en particulier le taux de relâche qui stagnait entre 79% et 81% depuis le 17 août 2018 (synthèse n°9)…..

Une « transparence » quelque peu opaque

Pour souligner sa « transparence », le CSR affirme que « des observateurs indépendants embarquent régulièrement afin d’évaluer le respect du cahier des charges et des préconisations de pêche. Ils établissent des rapports trimestriels disponibles en ligne sur info-requin.re. Des synthèses régulières des opérations de pêche sont publiées mensuellement sur info-requin.re ».

On se reportera aux synthèses en question : le constat est édifiant. Exemple pour novembre 2019 :

  • Sur 10 jours de pêche en baie de St-Paul, 1 seul jour avec observateur embarqué ;
  • Sur 15 jours de pêche à St-Pierre, 2 jours avec observateur embarqué, etc….

Et tout est à l’avenant.

Quant aux rapports trimestriels, ils précisent que les observations embarquées ont représenté depuis le 1er juillet 2018 entre 4.7% et 7.5% de l’effort de pêche.

En fait les sorties avec observateur embarqué représentent l’exception ! Alors où se situe la fameuse transparence ?

Qui plus est, les derniers rapports et synthèses de pêche ont été publiés avec deux mois et demi de retard….le jour même de la conférence de presse. Vivement la prochaine conférence !

Et ce nonobstant les erreurs qui émaillent les différentes synthèses et qui n’ont jamais été corrigées. Exemples :

  • La synthèse n° 15 fait état, dans le total cumulé, de 2 bouledogues + 1 tigre capturés pour cette période alors qu’il y a 2 bouledogues + 4 tigres capturés ;
  • La synthèse n° 20 fait état de seulement un tigre capturé mais comptabilise néanmoins 2 requins ciblés capturés ;
  • La synthèse n° 26 fait état de 9 requins ciblés capturés alors qu’il y a 2 bouledogues + 9 tigres capturés ;
  • La synthèse n° 31 mentionne : « 1 requin tigre vivant, échappé ». Mais le compte quand même dans les requins prélevés.
  • Le rapport trimestriel d’observation n°5 fait état de la capture d’un requin chagrin (Centrophorus granulosus) relâché fatigué. Or ce dernier n’apparaît nulle part dans les synthèses du CSR. Probablement confondu avec un requin sagrin (Loxodon macrorhinus).

Partie 4 : Comment pêcher sans attirer : la recette du CSR

A propos de la campagne de « pub » du Centre Sécurité Requin…

Notre collectif d’associations contre cette chasse aux sorcières répond à la « propagande » de l’ancien CRA ( Centre de Ressources et d’Appui) devenu récemment CSR (Centre Sécurité Requin) et toujours autant financé par nos autorités.

Le Centre Sécurité Requin de la Réunion (CSR, ex-CRA) nous a gratifiés récemment (conférence de presse du 18/12/19) d’une campagne de « pub » destinée à justifier son bilan en matière de pêche aux requins. Nous avons appris à cette occasion nombre de choses intéressantes que nous aimerions partager avec le public. Chacun peut se reporter aux articles parus dans la presse les 18 et 19/12/19, ainsi qu’à la présentation de la conférence, aux synthèses mensuelles et aux rapports trimestriels des opérations de pêche publiés sur le site www.info-requin.re.

Sus aux bouledogues !

Dans les objectifs de son programme, le CSR se targue « de diminuer le nombre de requins bouledogues (principaux responsables des attaques mortelles) ».

Entre le 29 mars 2018 et le 30 novembre 2019, soit en 20 mois de pêche, le CSR a effectivement liquidé 29 requins bouledogues, mais aussi et surtout…..114 requins tigres !

Depuis le début de l’activité de pêche du CSR, la proportion de requins tigres tués est systématiquement 4 fois plus élevée que celle des requins bouledogues.

Pourtant – le CSR le reconnaît lui-même – le requin tigre est très peu impliqué dans les accidents.

Pourtant le requin tigre vit au large et se trouve attiré vers les milieux côtiers par les déchets ramenés par les cours d’eau, la pollution côtière (eaux usées), les rejets organiques (sacrifices animaux, déchets des pêcheurs et des poissonneries, rejets des industries de la pêche), les appâts immergés par le CSR, etc…, (cf. études CHARC et ECoReCo-Run sur le site info-requin).

Pourtant les études génétiques menées par l’université de la Réunion et des universités australiennes ont montré la grande vulnérabilité de ses populations dans la zone.

Pourtant il est déjà – comme le requin bouledogue – inscrit sur la liste rouge de l’UICN avec un statut « quasi menacé d’extinction » principalement du fait de sa surpêche.

En fait le requin tigre sert surtout au CSR à « faire du chiffre » pour gonfler ses statistiques de pêche….

« On respecte l’environnement » qu’ils disent….

Le CSR affirme qu’il s’agit d’« un programme respectueux de l’environnement ». Et se vante « de contribuer à préserver l’ensemble de l’écosystème avec un impact minimal sur les autres espèces de prédateurs fréquentant les zones côtières où cette pêche est déployée ». Sans rire ?!

Les requins tigres et bouledogues, en tant que prédateurs de fin de chaîne alimentaire, sont des maillons essentiels de l’équilibre des écosystèmes marins. Dire que leur élimination systématique contribue à préserver l’ensemble de l’écosystème est un mensonge éhonté.

Les requins – en particulier le requin tigre, véritable « éboueur des mers » – sont les garants de la bonne santé des populations d’animaux marins, en éliminant les cadavres et les animaux malades et/ou génétiquement faibles. Les détruire, c’est mettre en danger la ressource halieutique et la biodiversité marine.

Quant à l’impact « minimal » sur les autres espèces de prédateurs : en 20 mois, le CSR a pêché 29 requins bouledogues (7% des prises), 114 requins tigres (26%) et…..290 prises accessoires (67%) dont 56 (19%) étaient déjà mortes à l’arrivée des pêcheurs. Ce programme de pêche capture en priorité des prises accessoires. Effectivement l’impact est « minimal »…..

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Partie 2 : Un impact minimal ?

Partie 3 : Des chiffres un peu bizarres

Partie 4 : Comment pêcher sans attirer : la recette du CSR

Partie 5 : Silence, on tue !

Notre collectif d’associations : Sauvegarde des Requins – Tendua – Vagues – Requins Intégration – Sea Shepherd France – Longitude 181 – ASPAS – One Voice                 

Le gouvernement du Canada interdit l’amputation des ailerons de requin

L’amputation des ailerons de requin est une pratique destructrice qui nécessite une réponse forte et immédiate pour arrêter les répercussions dévastatrices sur les populations mondiales de requins. En tant que prédateurs principaux, les requins jouent un rôle crucial dans le maintien de la santé des autres populations de poissons et des écosystèmes océaniques. Un déclin des populations de requins a un effet néfaste sur nos océans.

Communiqué de presse

Pêches et Océans Canada

20 juin 2019

Toronto (Ontario) – L’amputation des ailerons de requin est une pratique destructrice qui nécessite une réponse forte et immédiate pour arrêter les répercussions dévastatrices sur les populations mondiales de requins. En tant que prédateurs principaux, les requins jouent un rôle crucial dans le maintien de la santé des autres populations de poissons et des écosystèmes océaniques. Un déclin des populations de requins a un effet néfaste sur nos océans.

Aujourd’hui, le ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, l’honorable Jonathan Wilkinson, ainsi que des représentants de Humane Society International, de Oceana Canada, et la famille du réalisateur de Sharkwater, Rob Stewart, ont annoncé que le Parlement a adopté d’importantes modifications à la Loi sur les pêches (projet de loi C-68 – Loi modifiant la Loi sur les pêches). Grâce à ces modifications, nous définissons et interdisons la pratique de l’amputation des ailerons de requin, et interdisons l’importation et l’exportation, à destination et en provenance du Canada, d’ailerons de requin qui ne sont pas attachés à la carcasse du requin. L’amputation des ailerons de requin est la pratique consistant à couper les ailerons des requins, souvent pendant que le requin est encore vivant, puis à laisser le requin mourir en mer.

Le gouvernement du Canada est préoccupé par l’état des stocks de requins en voie de disparition dans le monde, en raison de pratiques destructrices et dommageables comme l’amputation des ailerons de requin. Les modifications à la Loi sur les pêches reflètent les partenariats et les activités de défense des intérêts qui visent à régler ce problème partout au Canada, et illustrent clairement l’engagement continu du Canada à améliorer la conservation et la durabilité de notre milieu marin.

Citations

« L’amputation des ailerons de requin est une pratique incontestablement destructrice, qui contribue au déclin mondial des requins et constitue une menace permanente pour les écosystèmes océaniques. Les nouvelles mesures annoncées aujourd’hui sont un exemple clair du leadership du Canada en matière de conservation de notre environnement océanique. Le gouvernement du Canada, en partenariat avec les organisations environnementales, intensifie l’action pour que nous puissions assurer la durabilité à long terme des océans. »

L’honorable Jonathan Wilkinson
Ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne

Faits en bref

  • L’interdiction de l’amputation des ailerons de requin, ainsi que de l’importation et de l’exportation d’ailerons qui sont naturellement attachés à la carcasse est inscrite dans une modification législative à la Loi sur les pêches en vertu du projet de loi C-68. Le projet de loi a été adopté par le Sénat le 18 juin et attend de recevoir la sanction royale.
  • Le Canada n’a aucune pêche commerciale des requins pélagiques.
  • Depuis 1994, le Canada interdit l’amputation des ailerons de requin comme condition de permis de pêche.
  • En mars 2018, le gouvernement a mis en œuvre des mesures qui exigent que tous les requins débarqués au Canada aient leurs ailerons attachés naturellement à la carcasse de l’animal.
  • Tous les requins capturés dans les pêches intérieures canadiennes doivent être débarqués à quai avec leurs ailerons naturellement attachés à la carcasse. Cette pratique est considérée comme la pratique exemplaire mondiale pour empêcher l’amputation des ailerons.
  • Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, 25 pour cent des espèces de requins et de raies du monde sont menacées d’extinction et, chaque année, on estime que 63 millions de requins sont tués dans les pêches.
  • Les requins grandissent relativement lentement, mettent de nombreuses années pour arriver à la maturité et produisent relativement peu de jeunes À l’échelle mondiale, on estime qu’ils sont tués 30 pour cent plus rapidement qu’ils ne peuvent se remplacer.
  • Il existe environ 400 espèces de requins dans le monde. Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction – Requins et raies manta.

REQUINS : QUE S’EST-IL PASSE DANS LA BAIE DE SAINT-PAUL ?

Saint-Joseph, le 3 mai 2019. L’affaire est évoquée par Imaz Press le 24 février 2019 . Ce jour-là, sur les quais du Port Ouest, un échange houleux oppose des pêcheurs à Philippe Guérin, gérant de l’armement Enez (filiale, comme Réunipêche, du groupe Réunimer). A l’occasion de cet échange filmé par les journalistes, l’un des pêcheurs Yannis Latchimy, ancien salarié d’Enez, lance de graves accusations à l’encontre du représentant d’Enez. Et il les réitère dans une vidéo publiée sur Facebook .

Je reprends ci-dessous les propos tenus par M. Latchimy dans les deux vidéos précédentes et lors d’un entretien que j’ai eu avec lui et avec le président du Comité des Pêches M. Bertrand Baillif le 24 avril 2019 :

« Réunipêche transforme de grosses quantités de poisson frais destiné au marché local et à l’exportation, avec une proportion de déchets de près de 45% à la découpe. Pendant trois ans, de 2010 à 2012, j’ai reçu l’ordre des dirigeants de Réunipêche de rejeter à la mer les déchets de poisson produits par cette société. Les déchets étaient stockés dans des sacs en polypropylène ou « big bag » que les marins chargeaient sur les navires de l’armement, notamment sur le bateau Le Havre. Ce dernier n’avait d’ailleurs plus le droit de naviguer puisqu’il était désarmé. Une fois pleins, les sacs en question pesaient autour de 500 kg l’unité. Des sacs qui étaient ensuite fréquemment retrouvés vides tout au long de la côte ouest. Partant du Port Ouest, les rejets se faisaient généralement à l’entrée nord de la baie de St-Paul, voire directement dans la baie, à moins de 1 mille nautique du rivage. Avec le courant dominant qui tire vers le sud, les déchets sont transportés rapidement tout au long de la côte ouest. Pourquoi les jeter aussi près de la côte ? Tout simplement à cause de la structure du bateau. On ne peut décharger que d’un seul côté, celui où se trouve le portillon. Tous les sacs étaient donc entassés sur tribord. Avec 12 à 14 « big bag » sur un seul bord, la gîte du bateau était très importante. Il était donc trop risqué de s’aventurer au large, surtout à la tombée de la nuit (les rejets se faisaient généralement le soir) ».

« Ce sont ainsi 6 à 7 tonnes de déchets qui ont été balancés dans la baie tous les 10 jours au lieu de les faire traiter par l’usine d’équarrissage de l’Etang-Salé, ce qui serait évidemment revenu beaucoup plus cher. Réunipêche donnait en effet aux marins une prime de 15 euros par « big bag » (soit 30 euros la tonne) alors que l’équarrissage revenait lui à 350 euros la tonne. J’étais chef de groupe, c’est donc moi qui pesais les sacs. Au total, nous avons jeté à minima 150 tonnes de déchets en 2010, 160 tonnes en 2011 (pas de chiffre disponible pour 2012). Tout cela se passait au vu et au su des autorités du Port, qui ont laissé faire. On a ainsi créé sur la côte ouest un « garde-manger » pour les requins. En fait on les a engraissés pendant trois ans et on a changé leur façon de s’alimenter : du fait de l’abondance de nourriture, ils ont moins chassé par eux-mêmes. Et lorsque les rejets se sont arrêtés, ces requins qu’on avait attirés près des côtes se sont alors rabattus alors sur des proies faciles : des surfeurs à Boucan et à Roches Noires (2011, 2012), un chien et une baigneuse dans la baie de St-Paul (2013). En 2014, je suis allé voir la maire de St-Paul à ce sujet, mais elle n’a pas voulu tenir compte de mon témoignage : le dossier était trop « gros » selon elle ».

De son côté, interrogé par Imaz Press, le président de Réunimer Sébastien Camus réfute ces accusations : « il n’y a aucun déchet organique qui a été déversé dans la baie de Saint-Paul ». Il reconnaît cependant que de 2009 à 2011, « toutes les usines de transformation de poissons ont systématiquement rejeté à la mer les déchets issus de la découpe du poisson ». Mais selon lui, ces rejets se sont faits « au-delà des 2,5 milles nautiques » (environ 4,6 km). Il affirme par ailleurs que les rejets se sont arrêtés à partir de 2011, avec l’achat d’un broyeur qui a permis de broyer les déchets et de les exporter congelés en métropole ou à Maurice pour la fabrication de farine animale.

Sur ce point M. Latchimy précise : « c’était un broyeur d’occasion. Il a fallu faire de grosses réparations au départ et il est ensuite régulièrement tombé en panne. Et puis les déchets n’étaient pas toujours dans un état de conservation suffisant pour être exportés. C’est pour cette raison que les rejets ont continué en 2012. Qui plus est, quand le broyeur a été installé,  il y avait déjà eu 4 ou 5 attaques de requins « .

M.Camus affirme par ailleurs : « une partie des déchets était également traitée par l’équarrissage. Nos instructions étaient claires sur le sujet ».

Mais le président du Comité des Pêches, M. Bertrand Baillif, déclare lui : « Il est fort peu probable qu’ils aient utilisé les services de l’équarrissage. Ce dernier était en effet très coûteux et les aides européennes PCS (plan de compensation du surcoût) n’ont été débloquées qu’à partir de 2014 ».

Quant à dire, comme le fait M. Camus : « tout le monde peut voir la baie de Saint Paul depuis la plage. Si nous avions rejeté ces déchets, tout ce serait vu » : à partir du moment où les rejets se faisaient le soir, en face d’une zone inhabitée (la ZA de Cambaie ou la Plaine Chabrier par exemple) et du côté opposé à la côte, c’est un « argument » qui ne tient pas….

Ce qui me semble pour le moins étrange dans cette affaire, c’est :

  1. De voir que depuis deux mois qu’elle a été évoquée par Imaz Press, aucun autre média ne s’en est saisi et surtout, blackout total des politiques et des autorités compétentes : pas d’information, pas d’enquête, rien ! Un silence assourdissant…..
  2. De constater à quel point le représentant d’Enez est mal à l’aise. Tout au long de l’interview, qui dure près de 20 minutes, M. Guérin visiblement très gêné ne dit quasiment rien. Et il refuse finalement de répondre aux questions de la journaliste. Il est à noter par ailleurs que l’arrêté préfectoral interdisant le rejet en mer des produits de la mer à l’intérieur des 2,5 milles nautiques n’a été promulgué qu’en juillet 2012. Coïncidence : M. Camus affirme que les rejets de Réunipêche se sont toujours faits au-delà de ces 2,5 milles nautiques, sans toutefois apporter de précisions sur la distance réelle. Doit-on y croire ?
  3. Que malgré les graves accusations proférées par M. Latchimy, ce dernier n’est pour ainsi dire jamais contredit tout au long de l’interview. Et qu’aucune procédure n’a été entamée à son encontre par les dirigeants de Réunimer. Curieux….
  4. De voir dans une 3ème vidéo publiée par Imaz Press, l’égérie de l’association Océan Prévention Réunion, Jean-François Nativel, prendre carrément la défense de la pêche semi-industrielle : « ça fait partie d’un vieux serpent de mer qui vise à expliquer les attaques de requins à l’Ile de la Réunion ». Il minimise le problème, et l’associe avec celui de l’ex-ferme aquacole de St-Paul, dont le rôle en termes d’attractivité vis-à-vis des requins est sans commune mesure. Il est vrai que M. Nativel a fait son fonds de commerce du démantèlement de la réserve marine, accusée par lui d’être un réservoir à requins et un « garde-manger » pour les squales. Une théorie fumeuse qui ne repose sur aucun élément scientifique tangible, et que contredit d’ailleurs formellement M. Latchimy.

Au final, si les accusations de M. Latchimy s’avèrent exactes, des centaines de tonnes de déchets de poisson auront été balancées dans la baie de St-Paul entre 2010 et 2012, et véhiculées le long des côtes par les courants. On a ainsi créé un pôle d’attractivité sans précédent pour des requins comme le tigre et le bouledogue, à proximité immédiate des plages et des spots de surf de la côte ouest.

Les requins sont dans leur milieu naturel. Ils ne sont pas responsables de cette situation. Comme ils ne sont pas responsables de la surpêche, qui vide les océans et leur enlève la plus grande partie de leur nourriture : le poisson. Pourtant l’Etat français n’a trouvé qu’une solution au problème : éliminer systématiquement tous les requins tigres et bouledogues qui s’approchent de nos côtes. Et cela fait des années que ça dure.

Didier DERAND.

Un grand merci à Didier pour ce rappel. N’oublions pas les requins qui osent pointer le bout de l’aileron dans cet océan (ouvert!) qui entoure cette île. 

CoP18 de la CITES : la France ne doit pas oublier les requins.

Du 23 mai au 3 juin prochain, les représentants des 183 pays membres de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) se réuniront une nouvelle fois pour décider du sort de nombreuses espèces, dont plusieurs espèces de requins et de raies exploitées par les flottes françaises et européennes.

Mise à jour : La Conférence mondiale sur la vie sauvage se tiendra à Genève (Suisse), du 17 au 28 août 2019

Communiqué de presse

France, 23 avril 2019 – Du 23 mai au 3 juin prochain, les représentants des 183 pays membres de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) se réuniront une nouvelle fois pour décider du sort de nombreuses espèces, dont plusieurs espèces de requins et de raies exploitées par les flottes françaises et européennes.

Les associations françaises de conservation des espèces de requins, raies et chimères se sont réunies pour demander à la France d’appuyer fermement l’inscription des deux espèces de requins taupe bleus (Isurus oxyrinchus et Isurus paucus) et de toutes les espèces de raies guitares du genre Glaucostegus et de la famille des Rhinidae, proposées en inscription à l’annexe II de la CITES¹ et d’exhorter les principaux pays pêcheurs à réguler le commerce de ces espèces. Cette demande collective, transmise par courrier officiel à François de Rugis Ministre de la transition écologique et solidaire, rappelle que 100 millions de requins sont tués chaque année en moyenne, notre pays occupant une place non négligeable en termes de prises de requins avec plus de 15.000 tonnes
pêchées annuellement.
Espérons que ces voix soient entendues face à la gravité de la situation. Il est urgent de limiter le commerce international et la surpêche des requins-taupes bleus, des raies guitares mais aussi d’autres espèces de poissons cartilagineux dont le commerce mondial des ailerons, de la viande et de dérivés (huile, cartilage)² ne fait l’objet d’aucun contrôle tandis que les études annoncent déjà qu’une espèce sur trois de requins, de raies et de chimères est menacée de disparition dans le monde.
La CITES est un outil pour veiller à ce que le commerce international des spécimens d’animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent. Elle offre aux Etats l’opportunité de contrôler ou d’interdire le commerce de ces espèces et d’engager des procédures contre les actes de braconnages internationaux exercés sur des espèces menacées ou gravement menacées d’extinction.
L’inscription sur la liste de l’Annexe II de la CITES des deux espèces de requins-taupes bleus et des espèces de raies guitares permettra une prise de conscience et une limitation de l’importation des ailerons vers l’Asie du Sud-Est et de la viande vers les pays consommateurs. Cette inscription constituerait aujourd’hui une première étape incontournable pour la préservation de ces espèces largement présentes dans les eaux françaises. La France se doit d’appuyer cette inscription.

1 Proposals for amendment of Appendices I and II – Eighteenth meeting of the Conference of the Parties
2 Dent, F. & Clarke, S. 2015. State of the global market for shark products. FAO Fisheries and Aquaculture
Technical Paper No. 590. Rome, FAO. 187 pp.

Logos web

Lettre adressée aux représentants français CITES : 

Lettre adressée au Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire :