l’Etat braconne sur « ses » propres terres !

Madame la Sous-préfète de Saint-Paul
Présidente du Centre Sécurité requin

Madame la Présidente,

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer Madame la Présidente, l’expression de nos sentiments respectueux.

Par le biais d’une auto-saisine rendue publique et d’un courrier aux autorités (PJ 1 et 2), le Conseil scientifique de la Réserve Naturelle Nationale Marine de la Réunion (RNNMR) s’est récemment ému de constater que les pêcheurs du GIP Centre Sécurité Requin (CSR, ex-CRA) s’étaient apparemment rendus coupables de près de 166 infractions à la réglementation de la RNNMR à l’occasion de pêches illégales dans les zones de protection renforcée (ZPR 2A) et dans les sanctuaires (zones de protection intégrale, ZPI) de ladite réserve.

On aurait pu croire que cela mettrait un frein, au moins pendant quelques temps, au programme de destruction massive des requins tigres et bouledogues mis en place par l’Etat français dans les eaux réunionnaises depuis 2013, et plus particulièrement dans la RNNMR depuis 2019 (arrêté préfectoral n° 2019-298 du 15 février 2019, PJ 3). Il n’en a rien été.
Un mois plus tard, jour pour jour, le Préfet de la Réunion prenait un nouvel arrêté (n° 2021-1362 du 19 juillet 2021, PJ 4) reconduisant la pêche aux requins dans les ZPR 2A de la réserve marine jusqu’en 2023…..
Etant donné le niveau alarmant d’infractions constaté par le Conseil scientifique de la RNNMR, nous souhaiterions par conséquent avoir accès aux informations et documents administratifs suivants du GIP Centre Sécurité Requin (CSR) :
Relevés de positionnement des balises des bouées GPS satellitaires qui ont déclenché un message d’alerte de capture, depuis le 29 mars 2018. Ces relevés sont à priori fournis par la société Isi-Fish à Concarneau, qui a vendu lesdites bouées au CSR.
Photos et vidéos que les pêcheurs missionnés par le CSR ont obligation de prendre à titre de preuve lorsqu’une capture intervient, depuis la même date.

Nous aimerions souligner que ces informations et documents administratifs sont librement accessibles au public.
Les deux arrêtés préfectoraux précités (article 5) prévoient en effet que :
Des photos et vidéos soient prises pour chaque opération ciblée de prélèvement,
Il soit effectué un suivi géo-localisé de chaque opération ciblée de prélèvement,
L’ensemble des données soit capitalisé et partagé avec le GIP RNNMR, ce qui n’a visiblement jamais été le cas puisque le Conseil scientifique vient de découvrir le « pot aux roses »…..
A la fin de l’opération, le CSR communique au public l’ensemble des démarches menées et les résultats de l’opération ciblée.

A cet égard, nous ne pouvons que regretter l’attitude du CSR dans cette affaire. En effet :
La géolocalisation des prélèvements s’effectuait sur le géo-portail « SEXTANT Océan Indien » de l’Ifremer : https://sextant.ifremer.fr/ocean-indien
Suite à l’alerte lancée par le Conseil scientifique de la RNNMR dans son auto-saisine du 19 mai 2021, le CSR n’a rien trouvé de mieux – pour tenter peut-être de faire disparaître les preuves du forfait – que de demander à l’IFREMER d’effacer toutes ses données de son site (PJ 2), en violation des dispositions de l’arrêté préfectoral !
Une belle preuve de la fameuse « transparence » dont le CSR ne cesse de se vanter auprès des médias de la Réunion et sur son site info-requin.re……

A vous qui êtes la Présidente à la fois de la RNNMR et du CSR, nous ne ferons pas l’offense Mme la Sous-Préfète de rappeler les dispositions de l’article 10 de l’arrêté préfectoral : « Les infractions au présent arrêté exposent leurs auteurs aux poursuites et peines prévues par l’article L.5242-2 du code des transports », soit un an d’emprisonnement et 150 000 € d’amende…..

En clair, l’Etat braconne sur « ses » propres terres !


Didier DERAND
Représentant du Collectif

Le Collectif d’Associations
Sauvegarde des Requins – Requins Intégration – SeaShepherd Conservation Society – Longitude 181 – One Voice – Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS) – Tendua pour la sauvegarde de la biodiversité – Taille-Vent
Vivre Activement pour Garder Un Environnement Sain (VAGUES)

Quand le Centre Sécurité Requin braconne dans la réserve marine….

Une fois n’est pas coutume, le Conseil Scientifique de la Réserve Naturelle Nationale Marine de la Réunion (RNNMR) est sorti récemment de sa réserve pour alerter publiquement les autorités sur les pratiques de pêche illégales du Centre Sécurité Requin (CSR, ex-CRA) à l’intérieur de la réserve, jusque dans ses sanctuaires les plus protégés.

En effet, si la pêche professionnelle est autorisée dans les zones de protection générale et dans les zones de protection renforcée externe (ZPR 2B, situées plus au large), elle est formellement interdite dans les ZPR 2A (zones situées dans la partie la plus construite de l’édifice récifal, de 0 à -30m de profondeur) et à fortiori dans les zones de protection intégrale : les fameux sanctuaires, en très petit nombre.

Le Conseil Scientifique de la Réserve Marine a donc publié le 19/05/21 une auto-saisine reprise par le journal Le Monde du 14/06/21, puis a adressé le 19/06/21 un courrier à ce sujet aux autorités locales et nationales. 

En dehors du JIR (article du 16/06/21), aucun média à la Réunion ne s’en est fait l’écho, illustrant une fois de plus le parti pris des médias réunionnais pour la destruction systématique des requins tigres et bouledogues menée par l’Etat français dans nos eaux.

Mais que s’est-il passé exactement ?

L’arrêté préfectoral n° 1742 du 15 juillet 2008 modifié, réglementant l’exercice de la pêche maritime professionnelle dans les eaux de la Réunion, et l’arrêté préfectoral n° 298 du 15 février 2019, autorisent de manière dérogatoire la pêche des requins tigres et bouledogues dans les ZPR 2A, uniquement dans le cadre de dispositifs post-attaque ou post-observation (lorsqu’un requin a été observé de manière certaine).

L’arrêté n° 298 stipule, en son article 5 : « L’opération ciblée de prélèvement (…) s’effectue au moyen de la technique de palangue ancrée, dite palangue verticale avec alerte de capture, dans les zones de protection renforcée de niveau 2A, hors platiers récifaux. Aucune pêche n’est permise en zone de protection intégrale ».

Le même arrêté précise en son article 10 : « Les infractions au présent arrêté exposent leurs auteurs aux poursuites et peines prévues par l’article L.5242-2 du code des transports », soit  un an d’emprisonnement et 150 000 € d’amende.

Le problème, c’est que le CSR – qui bénéficie visiblement de protections en haut lieu – se croit tout permis et s’autorise toutes les libertés vis-à-vis de la réglementation. 

Sur ces 4 dernières années en effet, le Conseil Scientifique a relevé près de 170 infractions aux arrêtés préfectoraux précités et à la réglementation de la réserve marine à l’occasion de pêches du CSR en ZPR 2A ou en sanctuaires !! Une paille…

Quand on sait que l’Etat fait – à juste raison – la chasse aux « petits » braconniers dans la réserve et que la justice n’hésite plus à les condamner à de fortes amendes voire à des peines de prison ferme, on reste stupéfait de voir que ce même Etat français – qui pilote le CSR – se permet de braconner ouvertement (il n’y a pas d’autre mot) dans ladite réserve !

Evidemment, le sous-préfet de Saint-Paul étant à la fois président de la réserve marine et président du CSR, cela facilite bien les choses dès lors qu’il s’agit d’exonérer le CSR de ses propres turpitudes : ce dernier a les coudées franches et fait ce qu’il veut dans la réserve, avec l’argent du contribuable, et au mépris du droit commun et de l’intérêt général…

Ce scandale a été découvert de la manière la plus simple qui soit. En effet, l’IFREMER publie sur le portail SEXTANT Océan Indien des cartes sur lesquelles figurent les données du programme de pêche mené par le CSR en regard du zonage réglementaire de la réserve marine, en particulier les positionnements GPS, les dates et le type d’engin de pêche utilisé. Et ces données sont accessibles en consultation librement. Du moins elles l’étaient jusqu’à fin mai 2021…

Car depuis cette date, à la place des cartes en question, il n’y a plus qu’un écran vide. Selon Le Monde, le CSR aurait demandé à l’IFREMER d’effacer les pages en libre accès. Pourquoi se gêner en effet quand on a l’appui inconditionnel de l’Etat ?

A mourir de rire quand on sait que le directeur du CSR Willy Cail se targue sans cesse de la transparence la plus complète : « On est dans la transparence ! Nous n’avons rien à cacher » déclare-t-il au Monde. Rappelez-vous également la campagne de désinformation orchestrée par le même Willy Cail et le sous-préfet de Saint-Paul en décembre 2019 : « Le CSR se veut transparent face aux attaques » (JIR, 19/12/19).

Comme seule explication le directeur du CSR tente de se dédouaner en affirmant dans Le Monde que les positionnements GPS indiqués sur les cartes sont ceux des bateaux, pas des palangres. Et de dénoncer « une instruction à charge insolente de la part de gens qui ne savent pas lire des métadonnées » (sic).

Déjà la simple circulation des bateaux dans les ZPR 2A et dans les sanctuaires est formellement interdite. Nombre d’usagers de la mer ont été verbalisés par les agents de la réserve marine pour avoir traversé ces zones.

Par ailleurs, si aucun des 7 pêcheurs professionnels missionnés par le CSR n’était effectivement capable de se positionner en mer de jour comme de nuit, cela mettrait en cause non seulement leur professionnalisme mais encore leur propre sécurité.

Pire encore, cela montrerait qu’en fait les pêcheurs ne savent pas se servir d’un GPS et ne connaissent donc pas la position précise de leurs engins de pêche, ce qui serait grave pour le fonctionnement du programme de pêche financé, rappelons-le, par l’argent du contribuable.

Cela démontrerait également un manque total de suivi des opérations de la part de la direction du CSR.

Le CSR publie sur le site www.info-requin.re les synthèses des opérations de pêche et les rapports trimestriels des observateurs indépendants (RTO).

Or à chaque fois qu’ils étaient présents, ces observateurs ont mis en avant une conformité à 100% du système de suivi GPS, du respect des zones et des horaires, et du respect des réglementations de la part des pêcheurs. Bizarre, non ?

Ces derniers ont-ils reçu la consigne de pêcher dans les zones interdites en l’absence des observateurs ou l’ont-ils fait de leur propre chef ? Le directeur du CSR doit bien le savoir…..

Mais ce n’est pas tout.

Le CSR avait imposé aux pêcheurs, dans le cahier des charges, des préconisations concernant les hameçons, notamment l’utilisation d’hameçons en acier oxydable afin que, si l’hameçon était impossible à retirer, il puisse se dégrader assez vite au contact de l’eau de mer.

Cette exigence n’a jamais été respectée et a vite été abandonnée (synthèse n° 4, RTO n°1 à 4).

L’arrêté préfectoral n° 298 du 15 février 2019 stipule, en son article 5 : « Les appâts seront congelés préalablement, entiers, de taille et de poids supérieurs à 30 centimètres et 1 kilogramme, afin de limiter les prises sur les prédateurs de petite taille ».

Le non-respect systématique de ces dispositions par les pêcheurs a conduit le CSR à les abandonner pour la plupart – un comble – à l’exception de l’obligation de congélation pour laquelle les observateurs indépendants précisaient à partir du 20/04/19 (RTO n°4) : « La prescription concernant la congélation préalable des appâts, mal comprise par les pêcheurs, est maintenue dans le but de limiter l’attractivité des engins à un périmètre restreint ».

Las, dans les mois suivants, cette obligation a elle aussi été abandonnée pour des appâts plus attractifs (RTO n° 5), les pêcheurs étant probablement soucieux de rentabiliser leurs sorties et le CSR désireux de tuer plus de requins bouledogues : « Pas de contrainte sur la pré-congélation des appâts, les pêcheurs pourront ainsi utiliser les appâts fraîchement pêchés par leurs soins. (…) Des appâts vivants peuvent également être utilisés (…) ».

Pendant la seule année 2020 (synthèses n° 34 à 45), les pêcheurs ont déployé 2808 palangres verticales avec alerte de capture (PAVAC). Selon Le Monde, qui a interrogé le directeur du CSR, les pêcheurs sont rémunérés par le CSR 300€ pour le déploiement d’une PAVAC. Faites le calcul : il y en a pour 842 400€ ! Une moyenne de 70 200€ par mois.

Quand on sait (synthèse n° 50) qu’entre mars 2018 et le 1er mai 2021, il y a eu 104 930 heures de pêche cumulées – combien dans les ZPR 2A et dans les sanctuaires ? – on se rend compte que la pêche aux requins est une véritable mine d’or pour un petit nombre de personnes à la Réunion !! Allez chercher ensuite pourquoi ils ne veulent surtout pas que ça s’arrête…

L’arrêté préfectoral n° 298 du 15 février 2019 précise, dans ses considérants, que « cette autorisation temporaire [de prélèvement] se fait dans le cadre d’un protocole rigoureux, avec l’aval de la RNNMR (….) » (sic). Et il prévoit, en son article 5 : 

« L’opération ciblée de prélèvement, dont il sera fait un suivi géolocalisé, sera filmée (déploiement des engins ; captures). L’ensemble des données relatives aux positions et horaires de pêche, à l’état des appâts et aux captures réalisées seront capitalisées et partagées avec le GIP RNNMR. Des observateurs, gardes du GIP RNNMR ou mandatés par le [CSR], seront embarqués et formés pour s’assurer du suivi de l’opération et du respect des conditions d’intervention définies ci-dessus. A la fin de l’opération, le [CSR] communiquera au public l’ensemble des démarches menées et les résultats de l’opération ciblée ».

S’agissant des données, on sait ce qu’il en est advenu. 

Concernant le partage avec la réserve marine, et son aval, cela n’a évidemment jamais été le cas dès lors qu’il s’agissait d’opérations de pêche illégales, à fortiori dans les sanctuaires. La procédure de concertation est pourtant explicitement détaillée à l’article 3 de l’arrêté n° 298.

Les observateurs ne sont présents sur les bateaux de pêche que dans une proportion infime des sorties : entre 2.9% et 8.3% de l’effort de pêche.

Quant à la communication en direction du public, ledit public en jugera…..

Enfin on insistera sur l’impact éminemment destructeur de cette pêche aux requins dans les écosystèmes coralliens déjà très fragiles de la réserve marine de la Réunion.

Depuis le début de la pêche en 2013, ce sont pas moins de 532 requins tigres et bouledogues qui ont été tués et conduits à l’équarrissage. Un monumental gaspillage de biodiversité.

Du 29 mars 2018 au 30 mai 2021, le CSR, selon ses propres données :

  • a pêché 260 requins ciblés dont 47 requins bouledogues (6% des prises) et 213 requins tigres (29% des prises),
  • a surtout pêché…..475 prises « accessoires » (65% des prises), dont 89 sont mortes – soit un taux de mortalité minimum de 17% – et 39 ont été relâchées « fatiguées » : barracudas, carangues, mérous, murènes, raies, autres espèces de requins, etc….Sans compter les espèces en danger d’extinction ou vulnérables et inscrites à ce titre sur la liste rouge de l’UICN (requins marteaux, grande raie guitare, requin nourrice fauve, requin gris d’estuaire, tortue verte, etc…..).

Et il est important de le rappeler :

  • il n’a jamais été démontré scientifiquement que la pêche aux requins dans les ZPR 2A diminuait le risque requin.
  • l’étude CHARC a démontré que la répartition spatiale des requins bouledogues était centrée à l’extérieur de la réserve et non à l’intérieur.
  • les requins tigres ne sont quasiment pas impliqués dans les accidents : leur destruction ne sert que les intérêts financiers des pêcheurs et du CSR. La fameuse « crise requin » est d’abord « une crise bouledogue » selon les propres termes du directeur du CSR.
  • les 83% de taux de « survie » revendiqués par le CSR pour les captures accessoires sont sujets à caution. Les perturbations du métabolisme interne occasionnées par ces pêches sur les individus pris à l’hameçon ne sont pas négligeables et les conduisent vraisemblablement à la mort à plus ou moins long terme, en particulier pour ceux relâchés « fatigués » (infections, prédation, etc….). Or ces espèces, que la réserve s’efforce de protéger depuis sa création en 2007, sont essentielles pour les écosystèmes coralliens (prédateurs au sommet des chaînes alimentaires).

En conclusion de son auto-saisine, « le Conseil Scientifique de la Réserve Naturelle Nationale Marine dénonce un tel dysfonctionnement peu ou pas respectueux, ni de la réglementation, ni des procédures administratives, et qui met en jeu la pérennité de l’écosystème récifal réunionnais. Ceci est fort surprenant de la part d’une instance gérée par un GIP présidé par Monsieur le Préfet de la Réunion ».

La messe est dite. Au public réunionnais d’en tirer ses conclusions.

Collectif d’associations :
Sauvegarde des Requins – Requins Intégration – Shepherd Conservation Society – Longitude 181 – One Voice – Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS) – Tendua pour la sauvegarde de la biodiversité
Vivre Activement pour Garder Un Environnement Sain (VAGUES)

Silence, on tue !

Notre collectif d’associations contre cette chasse aux sorcières répond à la « propagande » de l’ancien CRA ( Centre de Ressources et d’Appui) devenu récemment CSR (Centre Sécurité Requin) et toujours autant financé par nos autorités.

Partie 5

Au final ce tissu de contre-vérités trouve son explication dans une déclaration du « responsable scientifique » du CSR (Quotidien du 19/12/19) : « la pêche doit se pratiquer partout et tout le temps ». La pêche à outrance est devenue le nouveau crédo du CSR et de l’Etat, incapables qu’ils sont de mettre en place des solutions alternatives non létales. 

Où sont passés les résultats des tests financés par le contribuable et entrepris par le CSR sur les barrières magnétiques, le sonar de détection, les équipements de protection individuels destinés aux surfeurs (tests réalisés en Nouvelle Calédonie) ? Aux oubliettes…

Tuer des requins, c’est beaucoup plus simple, ça calme une frange de l’opinion publique, et ça rapporte un maximum à certaines catégories de personnes.

Entre le début de la chasse aux requins en 2013 et le 30 novembre 2019, l’Etat a liquidé pas moins de 415 requins tigres et bouledogues dans les eaux réunionnaises. En pure perte.

Le ministère des outre-mer nous l’a bien confirmé : incapable de trouver une solution viable, l’Etat ne veut surtout pas que le public dise qu’il ne fait rien et reste les bras croisés. Et il veut encore moins être traîné en justice dans des procédures en responsabilité.

Alors il ouvre grand le parapluie, et il tue des requins, au moins là il fait quelque chose. 

Le CSR bénéficie de 2 millions d’euros de budget annuel, dont 800 000 euros rien que pour la pêche aux requins. Dans le prévisionnel 2020, le seul « coordonnateur du programme de pêche » est rémunéré 5000 euros mensuels. Pendant ce temps la SNSM locale (Société Nautique de Sauvetage en Mer) – qui fonctionne uniquement avec des bénévoles – a fermé boutique le 30/11/19, faute de subventions pour s’acheter…..des gilets de sauvetage conformes à la réglementation.

Lamentable !

En guise de conclusion, nous aimerions vous soumettre cette déclaration (Quotidien du 30/12/19) de Mme Alice Lemoigne, triple championne du monde de longboard ISA, une référence réunionnaise en matière de surf, qui est revenue vivre et s’entraîner sur son île fin 2018 :

« La réunion, ce n’est pas les Dents de la Mer ! Oui, il y a des requins. Et il faut faire très attention. Prendre ses précautions. Je m’entraîne soit avec la présence des vigies soit avec mon Shark Shield (un dispositif de répulsion électrique anti-requins, N.D.L.R.) en respectant toutes les règles de sécurité qui consistent à ne pas aller à l’eau quand les conditions ne sont pas bonnes, et j’arrive à m’entraîner sans problème. Toutefois, je précise que je n’incite pas les gens à aller surfer en disant cela. Je dis juste combien je mesure le risque et comment je prends mes responsabilités en sortant protégée. Il y a une psychose autour des activités nautiques à la Réunion ».

Une déclaration courageuse et empreinte d’honnêteté et d’un solide bon sens, les mêmes qui manquent cruellement au CSR et à l’Etat français dans cette affaire !

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Comment pêcher sans attirer : la recette du CSR

Notre collectif d’associations contre cette chasse aux sorcières répond à la « propagande » de l’ancien CRA ( Centre de Ressources et d’Appui) devenu récemment CSR (Centre Sécurité Requin) et toujours autant financé par nos autorités.

Partie 4

Le CSR affirme que les engins de pêche ne sont pas dangereux et que « la pêche de prévention dans les zones côtières n’attire pas plus de requins dangereux à la côte ». Une affirmation qui serait étayée par « une analyse statistique rigoureuse » dont les résultats sont que « ni l’appâtage, ni les types d’appâts, ni la présence de captures sur les lignes, n’ont augmenté la présence et la durée de visite des requins dangereux détectés dans la zone d’étude ».

N’importe quel scientifique sait qu’on peut faire dire à peu près n’importe quoi aux statistiques.

Si l’appâtage n’attire pas les requins, comment se fait-il que le requin tigre, qui vit principalement au large, se retrouve pris sur les lignes à la côte dans des proportions 4 fois plus élevées qu’une espèce côtière comme le bouledogue ?!

Si les types d’appâts n’ont aucune importance, comment se fait-il que le CSR ait tenté, au départ, d’imposer aux pêcheurs des prescriptions relatives aux appâts sur les PAVAC (palangres verticales avec alerte de capture) : « Les critères usuels pour les appâts devront être respectés (longueur et poids minima des appâts respectivement de 30 cm et de 1 kg ; appâts préalablement congelés ; poissons entiers). Priorité n°1 : bonite » (rapport trimestriel d’observation RTO n°1) ?

Le non-respect systématique de ces dispositions a d’ailleurs conduit le CSR à les abandonner pour la plupart – un comble – à l’exception de l’obligation de congélation pour laquelle les observateurs indépendants précisaient à partir du 20/04/19 (RTO n°4) : « La prescription concernant la congélation préalable des appâts, mal comprise par les pêcheurs, est maintenue dans le but de limiter l’attractivité des engins à un périmètre restreint ».

Las, dans les mois suivants, cette obligation a elle aussi été abandonnée pour des appâts plus attractifs (RTO n° 5), les pêcheurs étant probablement soucieux de rentabiliser leurs sorties et le CSR désireux de tuer plus de requins bouledogues : « Pas de contrainte sur la pré-congélation des appâts, les pêcheurs pourront ainsi utiliser les appâts fraîchement pêchés par leurs soins. (…) Des appâts vivants peuvent également être utilisés (…) ».

Alors ils attirent ou ils n’attirent pas, ces engins de pêche ?

Et si l’on affirme que la présence de captures sur les lignes n’attire pas les requins, comment expliquer par exemple ce mérou croissant queue jaune et cette grande raie guitare attaqués par des requins en mai 2018 alors qu’ils étaient pris à l’hameçon (synthèse n°3) ?

Et ce commentaire du CSR lui-même en juillet 2018 (synthèse n° 7)  à propos des grandes raies guitares : « deux individus ont été retrouvés avec des blessures liées à des morsures de grands requins, illustrant le fait que cette espèce constitue une proie potentielle des grands prédateurs comme les requins bouledogues » ?

En clair, pourquoi s’encombrer d’appâts coûteux payés par le contribuable, si cela n’attire pas les espèces qu’on veut pêcher ? Autant pêcher avec des hameçons nus, non ?

Le CSR pêcherait des requins avec des appâts qui n’attirent pas les requins. Non, franchement ? Ils font comment ?

La justification de la pêche à outrance

Le « responsable scientifique » du CSR déclare dans le JIR du 19/12/19 : « Tous les requins prélevés sont disséqués et analysés par l’Université de la Réunion pour que nous puissions mieux comprendre leur comportement ». 

On ne comprend rien ou pas grand-chose au comportement d’un animal vivant en le tuant et en le dépiautant. C’est de la propagande. Tout au plus saura-t-on ce qu’il a mangé d’après le contenu de son estomac….

Pour justifier la pêche, le même « responsable scientifique » affirme que les prises de requins ciblés se font plus rares – et que par conséquent ce programme est efficace à ses yeux. Bizarre.

Sur les années 2013 à 2017 inclus – soit en 60 mois – les différents programmes de pêche (Ciguatera 1 et 2 – Valo Requin – Cap Requin 1 et 2) ont capturé 113 requins bouledogues et 137 requins tigres. En comparaison, sur 20 mois d’activité, le CSR a capturé 29 bouledogues et 114 tigres. A durée égale, si le nombre de bouledogues capturés pendant la période CSR a légèrement chuté, celui des tigres par contre a littéralement explosé en étant multiplié par un facteur 2.5 !

Qui plus est, entre avril 2019 et le 18/12/19, le nombre de captures – en majorité des tigres – s’est maintenu à un niveau élevé, atteignant même un pic à 12 requins ciblés en novembre, avec un retour en force des captures de bouledogues début décembre.

Alors comment le CSR procède-t-il à ses savants calculs ?? Vite, une étude statistique !

De la même façon il affirme que le nombre d’attaques a baissé de façon significative depuis la mise en œuvre du premier programme de pêche en 2013. 

Selon le site info-requin, il y aurait eu depuis le début du programme : 6 attaques en 2013 (dont 2 morts) ; 1 attaque en 2014 ; 4 attaques en 2015 (2 morts) ; 1 attaque en 2016 ; 3 attaques en 2017 (2 morts) ; 1 attaque en 2018 ; et 2 attaques en 2019 (2 morts). 

A noter que le chiffre élevé de 2013 est à tempérer par trois cas où il n’y a eu ni blessure ni décès : 

  • 1 chasseur sous-marin simplement chargé par un requin à cause du poisson pêché,
  • 2 surfeurs pour lesquels « l’attaque » s’est résumée à une « légère trace sur la planche ».

Alors honnêtement, au moins en nombre de morts, nous ne voyons pas où se situe la baisse « significative ». Les morts de la « crise requin » apprécieront…..

Pour le reste, il nous semble essentiel de souligner que si le nombre d’attaques a pu paraître diminuer, c’est aussi et surtout lié au fait que :

  • Depuis juillet 2013, un arrêté préfectoral interdit la baignade et les activités nautiques sur la quasi-totalité du littoral,
  • La fréquentation des spots par les surfeurs – principale communauté visée par les accidents – a considérablement chuté,
  • Ces derniers ont fini, bon gré mal gré, par modifier leur attitude en termes de pratique : ils sont devenus plus prudents, surfent moins n’importe quand, et sont souvent désormais équipés de dispositifs individuels de répulsion (cf. conclusion).

De ce fait, la probabilité de rencontre entre les requins et les surfeurs a donc aussi largement chuté, ce que le CSR se garde bien de mettre en avant : la pêche avant tout !

Partie 5 : Silence, on tue !

Chiffres et transparence…partie 3

Notre collectif d’associations contre cette chasse aux sorcières répond à la « propagande » de l’ancien CRA ( Centre de Ressources et d’Appui) devenu récemment CSR (Centre Sécurité Requin) et toujours autant financé par nos autorités.

Des chiffres un peu bizarres

Le CSR affirme qu’au 18 décembre 2019 (date de la conférence de presse) le ciblage des espèces (% de requins ciblés capturés) était à la Réunion de 37% tandis que le taux de relâche (et non de survie comme l’affirme le CSR) des captures accessoires était de 85%. Au 30 novembre 2019, ces taux étaient respectivement de 33% et de 81%.

Remarquons déjà que depuis le 7 juillet 2018 (synthèse n°6), le taux de relâche des captures accessoires revendiqué par le CSR est systématiquement supérieur de 1 à 2% au taux réel. Erreur de calcul (systématique ??) ou tromperie volontaire, la question est posée.

Pour le reste, nous sommes contents de savoir que ces taux ont grimpé en flèche en 18 jours, juste avant la conférence de presse, en particulier le taux de relâche qui stagnait entre 79% et 81% depuis le 17 août 2018 (synthèse n°9)…..

Une « transparence » quelque peu opaque

Pour souligner sa « transparence », le CSR affirme que « des observateurs indépendants embarquent régulièrement afin d’évaluer le respect du cahier des charges et des préconisations de pêche. Ils établissent des rapports trimestriels disponibles en ligne sur info-requin.re. Des synthèses régulières des opérations de pêche sont publiées mensuellement sur info-requin.re ».

On se reportera aux synthèses en question : le constat est édifiant. Exemple pour novembre 2019 :

  • Sur 10 jours de pêche en baie de St-Paul, 1 seul jour avec observateur embarqué ;
  • Sur 15 jours de pêche à St-Pierre, 2 jours avec observateur embarqué, etc….

Et tout est à l’avenant.

Quant aux rapports trimestriels, ils précisent que les observations embarquées ont représenté depuis le 1er juillet 2018 entre 4.7% et 7.5% de l’effort de pêche.

En fait les sorties avec observateur embarqué représentent l’exception ! Alors où se situe la fameuse transparence ?

Qui plus est, les derniers rapports et synthèses de pêche ont été publiés avec deux mois et demi de retard….le jour même de la conférence de presse. Vivement la prochaine conférence !

Et ce nonobstant les erreurs qui émaillent les différentes synthèses et qui n’ont jamais été corrigées. Exemples :

  • La synthèse n° 15 fait état, dans le total cumulé, de 2 bouledogues + 1 tigre capturés pour cette période alors qu’il y a 2 bouledogues + 4 tigres capturés ;
  • La synthèse n° 20 fait état de seulement un tigre capturé mais comptabilise néanmoins 2 requins ciblés capturés ;
  • La synthèse n° 26 fait état de 9 requins ciblés capturés alors qu’il y a 2 bouledogues + 9 tigres capturés ;
  • La synthèse n° 31 mentionne : « 1 requin tigre vivant, échappé ». Mais le compte quand même dans les requins prélevés.
  • Le rapport trimestriel d’observation n°5 fait état de la capture d’un requin chagrin (Centrophorus granulosus) relâché fatigué. Or ce dernier n’apparaît nulle part dans les synthèses du CSR. Probablement confondu avec un requin sagrin (Loxodon macrorhinus).

Partie 4 : Comment pêcher sans attirer : la recette du CSR

Un impact minimal ?

Notre collectif d’associations contre cette chasse aux sorcières répond à la « propagande » de l’ancien CRA ( Centre de Ressources et d’Appui) devenu récemment CSR (Centre Sécurité Requin) et toujours autant financé par nos autorités.

Suite …Partie 2

C’est ainsi que par exemple en 20 mois :

  • Sur 11 murènes capturées, 10 sont mortes,
  • Sur 41 carangues gros-tête capturées, 10 sont mortes et 4 ont été relâchées « fatiguées »,
  • Sur 10 requins sagrins capturés, 4 sont morts et 2 relâchés « fatigués »,
  • Sur 35 requins marteaux capturés (commun ou halicorne), 13 sont morts et 6 relâchés « fatigués ». Notez que le marteau halicorne a un statut UICN « mondialement en danger », tandis que le marteau commun est classé « vulnérable ».
  • 28 grandes raies guitares ont été capturées dont 1 est morte et 1 relâchée fatiguée (espèce classée « en danger critique d’extinction » par l’UICN).

Outre le fait que des individus relâchés « fatigués » ont peu de chances de survie à court terme, du fait des conséquences de la capture (manque d’oxygénation et paralysie des muscles par l’acide lactique lorsque le poisson a épuisé ses réserves d’énergie à force de tirer sur la ligne). S’ils ne sont pas tout simplement dévorés par d’autres prédateurs…..

Comme le précise le CSR à propos du requin marteau halicorne (synthèse n° 13), « cette espèce est une des plus fragiles parmi les requins car elle se paralyse vite en cas de capture ».

Sans parler évidemment des dégâts causés par les hameçons aux organes internes, lorsqu’ils sont accrochés en profondeur donc impossibles à retirer.

A ce propos le CSR avait bien tenté, dans le cahier des charges, d’imposer aux pêcheurs des préconisations concernant les hameçons, notamment l’utilisation d’hameçons en acier oxydable afin que, si l’hameçon était impossible à retirer, il puisse se dégrader assez vite au contact de l’eau de mer. Mais cette exigence n’a jamais été respectée et a été finalement abandonnée (synthèse n° 4, rapports trimestriels d’observation n°1 à 4).

Alors il est où le « respect de l’environnement » ?!

….Et « on restaure les équilibres »

Le CSR prétend que « la pêche de prévention « à la réunionnaise » (….) contribue à restaurer les équilibres entre espèces dans les eaux côtières ».

Affirmation gratuite et sans aucun fondement scientifique. Des technocrates imbus de leurs certitudes qui jouent aux apprentis-sorciers avec la Nature en détruisant systématiquement certaines espèces marines sans s’attaquer le moins du monde aux causes du problème : la pollution organique et terrigène des eaux côtières et la surpêche qui prive les requins de leur nourriture de base, le poisson. Qui plus est, le sous-préfet de Saint-Paul prétend maintenant aller systématiquement pêcher le requin dans les zones de protection renforcée de la réserve nationale marine ! Probablement pour restaurer les équilibres entre les espèces…..

Partie 3 : Des chiffres un peu bizarres

A propos de la campagne de « pub » du Centre Sécurité Requin…

Notre collectif d’associations contre cette chasse aux sorcières répond à la « propagande » de l’ancien CRA ( Centre de Ressources et d’Appui) devenu récemment CSR (Centre Sécurité Requin) et toujours autant financé par nos autorités.

Le Centre Sécurité Requin de la Réunion (CSR, ex-CRA) nous a gratifiés récemment (conférence de presse du 18/12/19) d’une campagne de « pub » destinée à justifier son bilan en matière de pêche aux requins. Nous avons appris à cette occasion nombre de choses intéressantes que nous aimerions partager avec le public. Chacun peut se reporter aux articles parus dans la presse les 18 et 19/12/19, ainsi qu’à la présentation de la conférence, aux synthèses mensuelles et aux rapports trimestriels des opérations de pêche publiés sur le site www.info-requin.re.

Sus aux bouledogues !

Dans les objectifs de son programme, le CSR se targue « de diminuer le nombre de requins bouledogues (principaux responsables des attaques mortelles) ».

Entre le 29 mars 2018 et le 30 novembre 2019, soit en 20 mois de pêche, le CSR a effectivement liquidé 29 requins bouledogues, mais aussi et surtout…..114 requins tigres !

Depuis le début de l’activité de pêche du CSR, la proportion de requins tigres tués est systématiquement 4 fois plus élevée que celle des requins bouledogues.

Pourtant – le CSR le reconnaît lui-même – le requin tigre est très peu impliqué dans les accidents.

Pourtant le requin tigre vit au large et se trouve attiré vers les milieux côtiers par les déchets ramenés par les cours d’eau, la pollution côtière (eaux usées), les rejets organiques (sacrifices animaux, déchets des pêcheurs et des poissonneries, rejets des industries de la pêche), les appâts immergés par le CSR, etc…, (cf. études CHARC et ECoReCo-Run sur le site info-requin).

Pourtant les études génétiques menées par l’université de la Réunion et des universités australiennes ont montré la grande vulnérabilité de ses populations dans la zone.

Pourtant il est déjà – comme le requin bouledogue – inscrit sur la liste rouge de l’UICN avec un statut « quasi menacé d’extinction » principalement du fait de sa surpêche.

En fait le requin tigre sert surtout au CSR à « faire du chiffre » pour gonfler ses statistiques de pêche….

« On respecte l’environnement » qu’ils disent….

Le CSR affirme qu’il s’agit d’« un programme respectueux de l’environnement ». Et se vante « de contribuer à préserver l’ensemble de l’écosystème avec un impact minimal sur les autres espèces de prédateurs fréquentant les zones côtières où cette pêche est déployée ». Sans rire ?!

Les requins tigres et bouledogues, en tant que prédateurs de fin de chaîne alimentaire, sont des maillons essentiels de l’équilibre des écosystèmes marins. Dire que leur élimination systématique contribue à préserver l’ensemble de l’écosystème est un mensonge éhonté.

Les requins – en particulier le requin tigre, véritable « éboueur des mers » – sont les garants de la bonne santé des populations d’animaux marins, en éliminant les cadavres et les animaux malades et/ou génétiquement faibles. Les détruire, c’est mettre en danger la ressource halieutique et la biodiversité marine.

Quant à l’impact « minimal » sur les autres espèces de prédateurs : en 20 mois, le CSR a pêché 29 requins bouledogues (7% des prises), 114 requins tigres (26%) et…..290 prises accessoires (67%) dont 56 (19%) étaient déjà mortes à l’arrivée des pêcheurs. Ce programme de pêche capture en priorité des prises accessoires. Effectivement l’impact est « minimal »…..

Cliquer sur les liens suivants pour lire la suite de l’article

Partie 2 : Un impact minimal ?

Partie 3 : Des chiffres un peu bizarres

Partie 4 : Comment pêcher sans attirer : la recette du CSR

Partie 5 : Silence, on tue !

Notre collectif d’associations : Sauvegarde des Requins – Tendua – Vagues – Requins Intégration – Sea Shepherd France – Longitude 181 – ASPAS – One Voice                 

Douleur et indignation après l’accident de Saint Leu

Communiqué de presse

Nous sommes bouleversés d’apprendre qu’un jeune homme a perdu la vie à Saint Leu. Nous adressons à sa famille et ses proches nos sincères condoléances.

Cette jeune vie perdue nous met aussi en colère. Malgré nos avertissements répétés, la zone du drame est depuis un an pratiquement chaque jour appâtée par le CRA.

Aucun scientifique, aucune personne connaissant les requins n’a cautionné cette « expérimentation » qui attire les requins près des plages et leur donne l’habitude de fréquenter encore plus systématiquement les lieux.

Nous disons nettement que cette pêche est une escroquerie criminelle .
Elle a été promue, développée; mise en oeuvre contre tous les avis autorisés, sans aucune caution scientifique, par des gens qui y ont un gros intérêt financier. Ce sont les personnes qui ont « vendu » la pêche comme une solution qui ont ensuite remporté les marchés de cette pêche, ou décroché des postes au CRA;

Avec deux morts en 2019, Le terrible résultat est là.

 Il appartient au préfet de faire cesser cette pêche et cet appâtage criminel .
Le préfet et l’Etat doivent faire analyser les méthodes du CRA par des scientifiques compétents et non par ceux qui en tirent de gros bénéfices.
A la justice  d’en tirer les conséquences . Nous sommes prêts à lui fournir tous documents utiles.

Collectif des associations Sea Shepherd, Aspas, Longitude 181, Sauvegarde des requins, One Voice, Tendua, Vagues, Requin Intégration

REQUINS : QUE S’EST-IL PASSE DANS LA BAIE DE SAINT-PAUL ?

Saint-Joseph, le 3 mai 2019. L’affaire est évoquée par Imaz Press le 24 février 2019 . Ce jour-là, sur les quais du Port Ouest, un échange houleux oppose des pêcheurs à Philippe Guérin, gérant de l’armement Enez (filiale, comme Réunipêche, du groupe Réunimer). A l’occasion de cet échange filmé par les journalistes, l’un des pêcheurs Yannis Latchimy, ancien salarié d’Enez, lance de graves accusations à l’encontre du représentant d’Enez. Et il les réitère dans une vidéo publiée sur Facebook .

Je reprends ci-dessous les propos tenus par M. Latchimy dans les deux vidéos précédentes et lors d’un entretien que j’ai eu avec lui et avec le président du Comité des Pêches M. Bertrand Baillif le 24 avril 2019 :

« Réunipêche transforme de grosses quantités de poisson frais destiné au marché local et à l’exportation, avec une proportion de déchets de près de 45% à la découpe. Pendant trois ans, de 2010 à 2012, j’ai reçu l’ordre des dirigeants de Réunipêche de rejeter à la mer les déchets de poisson produits par cette société. Les déchets étaient stockés dans des sacs en polypropylène ou « big bag » que les marins chargeaient sur les navires de l’armement, notamment sur le bateau Le Havre. Ce dernier n’avait d’ailleurs plus le droit de naviguer puisqu’il était désarmé. Une fois pleins, les sacs en question pesaient autour de 500 kg l’unité. Des sacs qui étaient ensuite fréquemment retrouvés vides tout au long de la côte ouest. Partant du Port Ouest, les rejets se faisaient généralement à l’entrée nord de la baie de St-Paul, voire directement dans la baie, à moins de 1 mille nautique du rivage. Avec le courant dominant qui tire vers le sud, les déchets sont transportés rapidement tout au long de la côte ouest. Pourquoi les jeter aussi près de la côte ? Tout simplement à cause de la structure du bateau. On ne peut décharger que d’un seul côté, celui où se trouve le portillon. Tous les sacs étaient donc entassés sur tribord. Avec 12 à 14 « big bag » sur un seul bord, la gîte du bateau était très importante. Il était donc trop risqué de s’aventurer au large, surtout à la tombée de la nuit (les rejets se faisaient généralement le soir) ».

« Ce sont ainsi 6 à 7 tonnes de déchets qui ont été balancés dans la baie tous les 10 jours au lieu de les faire traiter par l’usine d’équarrissage de l’Etang-Salé, ce qui serait évidemment revenu beaucoup plus cher. Réunipêche donnait en effet aux marins une prime de 15 euros par « big bag » (soit 30 euros la tonne) alors que l’équarrissage revenait lui à 350 euros la tonne. J’étais chef de groupe, c’est donc moi qui pesais les sacs. Au total, nous avons jeté à minima 150 tonnes de déchets en 2010, 160 tonnes en 2011 (pas de chiffre disponible pour 2012). Tout cela se passait au vu et au su des autorités du Port, qui ont laissé faire. On a ainsi créé sur la côte ouest un « garde-manger » pour les requins. En fait on les a engraissés pendant trois ans et on a changé leur façon de s’alimenter : du fait de l’abondance de nourriture, ils ont moins chassé par eux-mêmes. Et lorsque les rejets se sont arrêtés, ces requins qu’on avait attirés près des côtes se sont alors rabattus alors sur des proies faciles : des surfeurs à Boucan et à Roches Noires (2011, 2012), un chien et une baigneuse dans la baie de St-Paul (2013). En 2014, je suis allé voir la maire de St-Paul à ce sujet, mais elle n’a pas voulu tenir compte de mon témoignage : le dossier était trop « gros » selon elle ».

De son côté, interrogé par Imaz Press, le président de Réunimer Sébastien Camus réfute ces accusations : « il n’y a aucun déchet organique qui a été déversé dans la baie de Saint-Paul ». Il reconnaît cependant que de 2009 à 2011, « toutes les usines de transformation de poissons ont systématiquement rejeté à la mer les déchets issus de la découpe du poisson ». Mais selon lui, ces rejets se sont faits « au-delà des 2,5 milles nautiques » (environ 4,6 km). Il affirme par ailleurs que les rejets se sont arrêtés à partir de 2011, avec l’achat d’un broyeur qui a permis de broyer les déchets et de les exporter congelés en métropole ou à Maurice pour la fabrication de farine animale.

Sur ce point M. Latchimy précise : « c’était un broyeur d’occasion. Il a fallu faire de grosses réparations au départ et il est ensuite régulièrement tombé en panne. Et puis les déchets n’étaient pas toujours dans un état de conservation suffisant pour être exportés. C’est pour cette raison que les rejets ont continué en 2012. Qui plus est, quand le broyeur a été installé,  il y avait déjà eu 4 ou 5 attaques de requins « .

M.Camus affirme par ailleurs : « une partie des déchets était également traitée par l’équarrissage. Nos instructions étaient claires sur le sujet ».

Mais le président du Comité des Pêches, M. Bertrand Baillif, déclare lui : « Il est fort peu probable qu’ils aient utilisé les services de l’équarrissage. Ce dernier était en effet très coûteux et les aides européennes PCS (plan de compensation du surcoût) n’ont été débloquées qu’à partir de 2014 ».

Quant à dire, comme le fait M. Camus : « tout le monde peut voir la baie de Saint Paul depuis la plage. Si nous avions rejeté ces déchets, tout ce serait vu » : à partir du moment où les rejets se faisaient le soir, en face d’une zone inhabitée (la ZA de Cambaie ou la Plaine Chabrier par exemple) et du côté opposé à la côte, c’est un « argument » qui ne tient pas….

Ce qui me semble pour le moins étrange dans cette affaire, c’est :

  1. De voir que depuis deux mois qu’elle a été évoquée par Imaz Press, aucun autre média ne s’en est saisi et surtout, blackout total des politiques et des autorités compétentes : pas d’information, pas d’enquête, rien ! Un silence assourdissant…..
  2. De constater à quel point le représentant d’Enez est mal à l’aise. Tout au long de l’interview, qui dure près de 20 minutes, M. Guérin visiblement très gêné ne dit quasiment rien. Et il refuse finalement de répondre aux questions de la journaliste. Il est à noter par ailleurs que l’arrêté préfectoral interdisant le rejet en mer des produits de la mer à l’intérieur des 2,5 milles nautiques n’a été promulgué qu’en juillet 2012. Coïncidence : M. Camus affirme que les rejets de Réunipêche se sont toujours faits au-delà de ces 2,5 milles nautiques, sans toutefois apporter de précisions sur la distance réelle. Doit-on y croire ?
  3. Que malgré les graves accusations proférées par M. Latchimy, ce dernier n’est pour ainsi dire jamais contredit tout au long de l’interview. Et qu’aucune procédure n’a été entamée à son encontre par les dirigeants de Réunimer. Curieux….
  4. De voir dans une 3ème vidéo publiée par Imaz Press, l’égérie de l’association Océan Prévention Réunion, Jean-François Nativel, prendre carrément la défense de la pêche semi-industrielle : « ça fait partie d’un vieux serpent de mer qui vise à expliquer les attaques de requins à l’Ile de la Réunion ». Il minimise le problème, et l’associe avec celui de l’ex-ferme aquacole de St-Paul, dont le rôle en termes d’attractivité vis-à-vis des requins est sans commune mesure. Il est vrai que M. Nativel a fait son fonds de commerce du démantèlement de la réserve marine, accusée par lui d’être un réservoir à requins et un « garde-manger » pour les squales. Une théorie fumeuse qui ne repose sur aucun élément scientifique tangible, et que contredit d’ailleurs formellement M. Latchimy.

Au final, si les accusations de M. Latchimy s’avèrent exactes, des centaines de tonnes de déchets de poisson auront été balancées dans la baie de St-Paul entre 2010 et 2012, et véhiculées le long des côtes par les courants. On a ainsi créé un pôle d’attractivité sans précédent pour des requins comme le tigre et le bouledogue, à proximité immédiate des plages et des spots de surf de la côte ouest.

Les requins sont dans leur milieu naturel. Ils ne sont pas responsables de cette situation. Comme ils ne sont pas responsables de la surpêche, qui vide les océans et leur enlève la plus grande partie de leur nourriture : le poisson. Pourtant l’Etat français n’a trouvé qu’une solution au problème : éliminer systématiquement tous les requins tigres et bouledogues qui s’approchent de nos côtes. Et cela fait des années que ça dure.

Didier DERAND.

Un grand merci à Didier pour ce rappel. N’oublions pas les requins qui osent pointer le bout de l’aileron dans cet océan (ouvert!) qui entoure cette île. 

Île de la Réunion : Pêche post attaque …sans attaque

Communiqué de presse, le 18 février 2018

La préfecture vient de déclencher une pêche post attaque grassement payée par la contribuable alors que le requin concerné est mort et qu’il n’y a pas eu d’attaque.

Ce jeune homme a tiré un poisson qu’il était en train de fixer à son accroche poisson. Lorsque le requin attiré par le poisson  s’est approché. le chasseur a eu le temps de prendre son puissant fusil peu maniable de 1M30 et de l’intercaler.

Le requin ne trouvant pas le poisson a alors fait demi tour et le chasseur l’a tiré sur le côté de la tête, en arrière de l’oeil, alors que, selon ses propres dires, le requin s’enfuyait. L’emplacement du tir montre bien que le requin n’attaquait pas .

La flèche aurait pénétré de 30 à 50 cms. Une flèche tirée à cet endroit est mortelle.

Le tir  aurait pu provoquer une réaction violente de défense du requin si il n’avait pas été si bien ajusté. IL aurait été plus judicieux pour le chasseur de remonter sur le Kayak. On ne peut cependant blâmer un jeune homme inexpérimenté d’avoir cru défendre sa vie et d’avoir paniqué .

Cet incident met en évidence le risque énorme de pratiquer la chasse sous marine à proximité des baigneurs et surfers comme veulent le faire certains élus.

L’incident ne peut en aucun cas être qualifié d’attaque. Il s’agit tout au plus d’une interaction provoquée.

Lancer à grand frais une pêche post attaque, sans qu’il n’y ait eu d’attaque  pour pêcher un requin déjà mort laisse planer quelques doutes sur l’utilisation judicieuse des fonds attribués à la réduction du risque requins dont le montant vient de doubler.

Jean Bernard Galves, porte parole du collectif des associations Sea Shepherd, Aspas, Fondation Brigitte Bardot, Longitude 181,Sauvegarde des requins, One Voice, Tendua, Vagues, Requin Intégration