Le requin baleine : une espérance de vie jusqu’à 130 ans ?

Une nouvelle étude dévoile que le requin baleine pourrait atteindre l’âge de 130 ans. Ce qui le place tout de même encore loin du requin du  Groenland, avec une longévité estimée jusqu’à 272 ans (pour l’estimation la + basse).

Le requin Baleine est une espèce considérée comme étant En Danger d’extinction par l’UICN. Il est d’ailleurs classé à l’annexe II de la CITES (Convention de Washington) et de la CMS (Convention de Bonn). De ce fait, cette étude s’est voulue non invasive.

 «Ce qui rend cette approche novatrice est que nous avons pris des mesures sous-marines non invasives répétées de requins vivants au cours d’une décennie. Jusqu’à présent, ces recherches sur le vieillissement et la croissance ont nécessité l’obtention de vertèbres de requins-baleines morts dans les pêcheries qui permettait le dénombrement des anneaux de croissance, comme pour les cernes des arbres, afin de déterminer l’âge. C’est un gros problème.» Cameron Perry

Cette nouvelle approche a consisté à étudier les paramètres de croissance des requins-baleines qui fréquentent l’atoll Ari Sud, aux Maldives, en analysant des mesures répétées de requins évoluant librement dans leur milieu naturel sur une période de 10 ans. Les longueurs totales des requins ont été estimées selon trois méthodes de mesure ; les estimations visuelles sous-estimaient la taille des grands requins, tandis que les mesures au laser et au ruban donnaient des résultats semblables.

Les requins-baleines sont bien connus pour former des agrégations dans des endroits spécifiques, l’un de ces sites étant l’atoll d’Ari sud. L’agrégation des Maldives était composée principalement de requins mâles (91%) juvéniles et les nouveaux requins dans la zone étudiée étaient significativement plus petits que les individus qui y revenaient, ce qui suggère que ce site pourrait constituer une pépinière secondaire.  Cette étude a permis de mesurer plusieurs fois les mêmes requins pendant de nombreuses années. Ces individus reviennent au même endroit tous les un à deux ans.

«Mon étude visait à approfondir les connaissances sur la dynamique des populations de requins-baleines de l’atoll d’Ari Sud, y compris l’âge et la croissance, en calculant les paramètres de croissance et les taux de rencontres avec les requins durant une décennie (avril 2006 à mai 2016). Un total de 1545 rencontres avec 125 individus ont été enregistrées durant cette période. » Cameron Perry

Les chercheurs ont constaté que¹:

  • les requins-baleines peuvent vivre jusqu’à 130 ans ;
  • les requins-baleines peuvent atteindre une taille moyenne de 18.8 m (61,7 pieds)
  • Une maturité sexuelle à environ 25 ans
  • Et une longévité d’environ 140 ans !

« La croissance et la reproduction des requins-baleines, menacés dans de nombreux endroits, sont mal comprises. Lorsque vous combinez ce manque de connaissance avec le fait que les produits issus de requins baleine  tels que les nageoires, la chair et l’huile sont très prisés  (ils sont récoltés dans de nombreux pays ), on peut rapidement voir l’urgence d’apprendre autant que possible pour aider à sauver ces créatures majestueuses. « ,  a déclaré Mahmood Shivji, Ph.D., directeur de Nova Southeastern University’s (NSU).

« Plus nous en apprenons sur ces animaux, leur dynamique de croissance, où ils vont, quelles zones peuvent être leurs pépinières, plus nous avons une meilleure compréhension de leur histoire de vie, qui est impérative pour guider les efforts de conservation », Cameron Perry

¹Ces données dépassent les estimations pour les requins-baleines capturés au large de sur la base d’analyses d’anneaux vertébraux biannuels (maturité sexuelle pour un mâle = 17 ans, espérance de vie = 80,4 ans).

Cameron T. Perry et al. Comparing length-measurement methods and estimating growth parameters of free-swimming whale sharks (Rhincodon typus) near the South Ari Atoll, Maldives, Marine and Freshwater Research (2018). DOI: 10.1071/MF17393

Retrouvez l’étude ici

Sauvegarde des Requins 

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Cop12 : Convention sur la conservation des espèces migratrices

CMS COP12 : trois espèces de requins et trois espèces de raies bénéficieront d’une meilleure protection

La douzième session de la Conférence des Parties à la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS COP12) s’est déroulée à Manille, aux Philippines, du 23 au 28 octobre 2017. L’Inde accueillera la COP13 en 2020.

Toutes les propositions de poissons ont été approuvées, ce qui signifie que trois espèces de requins et trois espèces de raies bénéficieront d’une meilleure protection, avec le Requin Baleine à l’Annexe I et l’Ange De Mer sur les deux Annexes. Le Requin sombre, le requin bleu, la Guitare De Mer et le Poisson-guitare à Lunaires sont inscrits à l’Annexe II. Les modifications apportées aux Annexes, Résolutions et Décisions de la CMS entrent en vigueur 90 jours après la COP.

« Le thème de cette conférence (« Leur avenir est notre avenir – développement durable pour la faune sauvage et les humains ») a également contribué à une reconnaissance mondiale accrue de l’importance de la nature pour notre bien-être humain et des liens multiples entre la faune et les hommes. Transmettre le message que l’avenir de la faune migratrice fait partie intégrante de notre propre avenir et que nous avons tous la responsabilité d’agir était essentiel. Les accords conclus à la COP12 de la CMS ont fermement souligné cet important message », a déclaré Bradnee Chambers.

La COP12 de la CMS a attiré plus de 1000 participants, dont 234 délégués de 91 Parties et 35 non-Parties représentant toutes les régions du monde. C’était la première fois que le sommet se tenait en Asie.

La CMS (Convention sur la Conservation des Espèces Migratrices de la Faune Sauvage) ou Convention de Bonn : travaille à la conservation d’une grande variété d’animaux migrateurs aviaires, aquatiques et terrestres menacés d’extinction dans le monde entier en négociant et en mettant en œuvre des accords et des plans d’action par espèce. Avec actuellement 120 pays membres, la CMS est une convention en pleine croissance, chargée tout particulièrement de renforcer les efforts de conservation internationaux en faveur des animaux migrateurs.

Une inscription à l’Annexe I de la CMS oblige les Parties à une protection stricte, telle que l’interdiction des captures.

L’inscription à l’Annexe II engage les pays à coordonner des mesures de conservation transfrontalières dans toute l’aire de répartition de l’espèce.

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17e session de la Conférence des Parties (CoP) : Succès pour les requins

Johannesburg, en Afrique du Sud,

du 24 septembre au 5 octobre 2016.

  • Breaking news

    Les propositions concernant les requins et raies ont reçu des votes en leur faveur. Ainsi, le requin Soyeux, les requins Renards (12 mois pour une mise en application) et les raies mobula  (6 mois de délai pour sa mise en application) rejoignent les 9 autres espèces déjà listées en Annexe II.victoire

  • Au sujet de la CITES

La CITES  (the Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora): Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, accord intergouvernemental signé le 3 mars 1973 à Washington, aussi appelé Convention de Washington.

Le rôle de la CITES : Elle a pour but de veiller à ce que le commerce international des spécimens d’animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent. Elle compte aujourd’hui 181 Parties.

Tous les trois ans, les modalités d’application de la Convention et la liste des espèces concernées sont révisées lors des Conférences des parties

Les espèces dont le commerce est réglementé par la CITES sont réparties en 3 annexes :

Annexe I : Les espèces inscrites à l’Annexe I sont les plus menacées de toutes les espèces animales et végétales couvertes par la CITES. Etant menacées d’extinction, la CITES en interdit le commerce international de leurs spécimens sauf lorsque l’importation n’est pas faite à des fins commerciales mais, par exemple, à des fins de recherche scientifique. Ces espèces représentent 3% de l’ensemble des espèces CITES.

Annexe II : Cette annexe comprend quant à elle toutes les espèces qui, bien que n’étant pas nécessairement menacées actuellement d’extinction, pourraient le devenir si le commerce des spécimens de ces espèces n’était pas soumis à une réglementation stricte ayant pour but d’éviter une exploitation incompatible avec leur survie. Elle comprend également les espèces dites « semblables », à savoir des espèces présentant une telle ressemblance avec celles déjà inscrites à l’Annexe II que les agents chargés de l’application de la CITES ont peu de chances de réussir à les distinguer. Le commerce international de spécimens sauvages de ces espèces est généralement autorisé mais il est réglementé au moyen de permis et de certificats. Ces espèces représentent 96% de l’ensemble des espèces CITES.

Annexe III : Liste des espèces inscrites à la demande d’une Partie qui en réglemente déjà le commerce et qui a besoin de la coopération des autres Parties pour en empêcher l’exploitation illégale ou non durable .Le commerce international des spécimens des espèces inscrites à cette annexe n’est autorisé que sur présentation des permis ou certificats appropriés. Ces espèces représentent 1% de toutes les espèces CITES. Contrairement à ce qui se passe dans le cas des deux autres annexes, aucune décision de la Conférence des Parties n’est nécessaire pour inscrire une espèce à l’Annexe III, les inscriptions étant du ressort de la ou des Partie(s) concernée(s).

  • Les requins, raies et chimères

Environ 1200 espèces, ¼ de ces espèces sont menacées.

  1. Actuellement

    Annexe I (Commerce interdit) : Poissons-scies (les 7 espèces)

    Annexe II (Commerce réglementé) :

    Requin Pèlerin

    Requin Baleine

    cites
    @Cites

    Grand Requin Blanc

    Requin Taupe Commun

    CoP16 :

    Requin Océanique/Longimane

    Requin Marteau Halicorne

    Grand Requin Marteau

    Requin Marteau Lisse

    Manta (Spp) Toutes les espèces

  1. Cop17 : les propositions

    Annexe II (Commerce réglementé) :

    Le requin soyeux

    Les requins Renards ( Alopias spp.)

    Les raies Mobula spp

 

Le 29 septembre 2016 ©Sauvegarde des Requins

Soyons solidaires des requins

BRADNEE CHAMBERS Bradnee Chambers is the Executive Secretary of the UNEP Convention on Migratory Species of Wild Animals (UNEP/CMS).

SAN JOSÉ,12 février 2016  – Il a souvent été dit que nous en savions plus sur la Lune que sur les océans. Après tout, 12 personnes ont déjà marché sur la Lune alors que trois personnes seulement sont descendues dans les abysses océaniques. Il semble aujourd’hui que nous en savons moins sur les océans que nous le croyions – et que nous avons fait plus de mal que nous le pensions.

Une récente étude de chercheurs de l’université de la Colombie britannique démontre que les prises ont été largement sous-estimées depuis des années. Les données que révèle cette étude devraient retenir l’attention des organisations régionales de gestion de la pêche, qui surveillent la pêche commerciale en haute mer, et des organisations qui veillent au respect de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage des Nations unies (CMS), qui porte sur les espèces migratrices menacées.

Selon la CMS, ou Convention de Bonn, les espèces nécessitant les mesures de protection les plus strictes – elles figurent à l’annexe 1 de la CMS – comprennent notamment le grand requin blanc, cinq espèces de poisson-scie, et onze espèces de raies. Les réunions de la CMS sur les espèces migratrices de requins, qui se dérouleront ce mois-ci à San José, Costa Rica, présentent une occasion importante de développer des réglementations garantissant la conservation et l’exploitation durable de ces espèces, de façon à ce qu’elles puissent continuer à remplir leur rôle écologique crucial de prédateur au sommet de la chaîne alimentaire.

La onzième Session de la Conférence des Parties à la CMS (CMS COP11) tenue à Quito, Équateur, en 2014, a ajouté plusieurs espèces de requins aux annexes des espèces menacées, que les gouvernements sont invités à protéger au moyen de la négociation d’accords internationaux. Un tel accord, conclu en 2010 et signé à ce jour par 29 parties, est le Mémorandum d’Entente sur la conservation des requins migrateurs. Malgré le fait qu’il ne soit pas juridiquement contraignant, cet accord fournit un forum important pour définir des politiques permettant une exploitation durable des populations de requins migrateurs.

Mais comme le souligne la récente étude sur les prises, nous manquons souvent de données pertinentes pour déterminer quel niveau de consommation serait durable. En l’absence de telles données, le principe de précaution – dans le doute, s’abstenir – devrait être appliqué. Le problème est que le manque de données fiables rend la nécessité de protéger une espèce plus abstraite, et moins urgente, affaiblissant d’autant la capacité des gouvernements à résister à d’autres demandes plus pressantes, notamment la nécessité de protéger les moyens de subsistance des pêcheurs.

Dans l’intervalle, la consommation des ressources halieutiques croît sans cesse. Au cours des deux dernières générations, alors que la population mondiale a doublé pour atteindre 7,3 milliards d’êtres humains, la quantité de poissons pêchée dans les océans a augmenté encore plus vite, passant de 20 millions de mètres cubes en 1950 à 77 millions en 2010.  Et il ne s’agit là que des chiffres officiels qui ne comprennent pas les prises illégales, non réglementées et non déclarées.

Étant donné que les requins sont des prises accessoires, mais ayant une valeur marchande, de la pêche ( en général, celle ciblant les thons), les organisations régionales de gestion de la pêche tendent à ne pas avoir de réglementations spécifiques les concernant. Les requins échappent donc plus facilement aux dispositions du droit international qu’aux filets des pêcheurs – en particulier les filets spécialisés utilisés aujourd’hui par l’industrie de la pêche.

En fait, contrairement aux techniques artisanales de pêche d’autrefois, les bateaux-usines et les technologies modernes ont permis un accroissement colossal des prises, pour répondre non seulement à la demande locale, mais également à celle de marchés lointains. Dans ce contexte, l’ajout d’autant d’espèces aux listes des espèces menacées ne devrait surprendre personne.

Dans cette conjoncture difficile, des initiatives comme le  Mémorandum d’Entente prennent une importance plus grande encore en encourageant une action (souvent spécifique à une région). Ainsi, certains pays signataires, notamment des États insulaires du Pacifique ont déclaré que leurs immenses zones économiques exclusives seraient des sanctuaires pour les requins et créé des zones où la pêche sous toutes ses formes est interdite. De leur côté, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis ont établi des programmes d’observation et des systèmes permettant d’évaluer et de gérer les stocks halieutiques.

Par ailleurs, à la suite du tollé de protestations concernant le  « finning », à savoir la pêche des requins pour leurs ailerons uniquement, l’Union européenne exige à présent que les requins soient débarqués intacts, pour empêcher la pratique consistant à leur couper les ailerons et à rejeter à la mer le reste du corps, à moindre valeur commerciale. Cette obligation a été renforcée par l’engagement pris par le gouvernement chinois de ne plus servir de soupe d’ailerons de requin, considérée comme une délicatesse, lors des banquets officiels. Même des sociétés de fret et des compagnies aériennes ont été poussées à agir et un nombre croissant d’entre elles refuse de transporter des ailerons de requin.

Si ces mesures sont louables, il reste beaucoup à faire. Il est par exemple nécessaire d’agir contre les prises accessoires (les requins prisonniers de filets destinés à d’autres prises, le thon en particulier). Le facteur primordial est que toutes les parties concernées – des pêcheurs aux défenseurs de l’environnement, en passant par les gouvernements et les forums internationaux – oeuvrent de concert, selon les dispositions du Mémorandum d’Entente et d’autres initiatives similaires.

Le préjudice économique de telles mesures n’est, de loin, pas aussi important qu’on pourrait le croire ; dans bien des cas, il pourrait être largement compensé par le genre d’activités commerciales qui tirent parti de requins vivants. L’écotourisme florissant pratiqué aux Maldives, au Kenya, en Afrique du Sud, à Fidji et dans certains pays d’Amérique centrale et des Caraïbes en sont de bons exemples. Comme attraction touristique, vue de près dans son habitat naturel, une raie manta peut valoir des milliers de dollars ; morte sur un quai, sa chair et ses branchies ne rapportent qu’une fraction de ce montant.

La pensée à court terme qui bloque les efforts actuels de défense de l’environnement pourrait se révéler dévastatrice ; en fait, elle l’est déjà dans une certaine mesure. Si nous continuons à épuiser des écosystèmes cruciaux, il deviendra bientôt impossible de les régénérer. Ce n’est que par des efforts concertés, conjoints et urgents pour préserver les écosystèmes marins et protéger les moyens de subsistance de ceux qui en dépendant que les océans continueront à nourrir – et à fasciner – les prochaines générations.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin