Tendances des attaques de requins dans le monde

« Trends in global shark attacks » Etude de Stephen R. Midway  , Tyler Wagner , George H. Burgess, publiée le 27 février 2019

Traduction © Sauvegarde des requins

« Les humains ont toujours diabolisé les requins parce qu’ils sont insaisissables et vivent dans un environnement dont nous ne sommes pas originaire – la mer » George Burgess, directeur de l’Université de Floride. « Nous voudrions que les gens sachent que ces événements d’attaques de requins doivent être relativisés chaque fois qu’ils se produisent. Cette étude nous aide à prendre du recul et à regarder la situation dans son ensemble. « 

Les attaques de requins sont un phénomène mondial et massivement relayées avec des impacts négatifs sur les populations de requins. Les tendances des activités nautiques et des populations de requins sont liées, ce qui entraîne des taux variables d’attaques de requins dans le temps et dans l’espace. La compréhension de cette variabilité dans les attaques de requins peut contribuer à une meilleure compréhension du risque et à une réponse plus modérée à la suite d’une attaque. Nous avons constaté que les taux d’attaques mondiaux des requins sont faibles, mais variables d’une région à l’autre et au cours des décennies. On a constaté que les pays à faible population avaient les taux d’attaques les plus élevés, tandis que les pays à forte population (États-Unis, Australie, Afrique du Sud) avaient tendance à avoir des taux d’attaques globalement faibles, mais aussi une variabilité interannuelle beaucoup plus grande. Cependant, depuis les années 1960, les pays les plus peuplés tendent également à être les endroits où les taux ont augmenté. En fin de compte, le risque d’attaque des requins dépend également des conditions locales (par exemple, heure de la journée, espèces présentes) ; une compréhension à l’échelle mondiale des taux d’attaques permet de mettre le risque en perspective et peut contribuer à une approche scientifique de la gestion du risque, ainsi que de la gestion et de la conservation des requins.

Les requins sont un groupe diversifié de poissons cartilagineux qui suscite un intérêt scientifique et populaire important. Bien qu’elles soient le plus souvent associées à des habitats marins, certaines espèces occupent des habitats d’eau saumâtre et même d’eau douce et, dans de nombreux systèmes, les espèces de requins sont considérées comme des prédateurs méso (prédateur secondaire) ou apex (top prédateur). La plupart des espèces de requins sont particulièrement vulnérables à la surpêche (espèces cibles ou prises accessoires). Notre connaissance de la dynamique des populations de requins est limitée par rapport à celle de nombreuses espèces de téléostéens (poissons osseux), bien qu’il existe de bons exemples de surveillance des populations de requins – par exemple, le requin citron de Bimini (Negaprion brevirostris), le requin bordé (Carcharhinus limbatus) du golfe du Mexique et l’émissole gommée (Mustelus antarcticus) en Australie. En raison des lacunes dans les données biologiques et démographiques, des conclusions limitées ont parfois été tirées à partir de données limitées, ce qui a conduit à des évaluations contrastées des populations et favorise, malheureusement, la confusion entourant le statut et les tendances des populations individuelles de requins.

Les requins pointés du doigt par les humains…

En cause les « attaques de requin ». Bien que la plupart de ces interactions résultent dans le cas de blessures mineures similaires à celles provoquées par une morsure de chien, environ 6 des 75 à 100 attaques non provoquées qui se produisent actuellement chaque année dans le monde entraînent le décès. En dépit de sa rareté relative, les attaques de requins sont un phénomène culturel qui suscite un vif intérêt dans les médias populaires. Des mythes et des idées fausses se perpétuent régulièrement à la télévision, dans des magazines et des journaux, ainsi que dans les médias sociaux.

Trois espèces de requins retiennent particulièrement l’attention : le requin Bouledogue (Carcharhinus leucas), le requin tigre (Galeocerdo cuvier) et le requin blanc (Carcharodon carcharias). Les biologistes doivent s’intéresser à ces espèces, car ce sont de grandes espèces migratrices à la répartition cosmopolite. La Liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) a classé les requins blancs dans la catégorie « espèce vulnérable » et les requins tigre et bouledogue dans la catégorie « Quasi menacée », bien que les données des populations individuelles de chaque espèce ne soient pas complétement renseignées. Compte tenu de la large distribution et de la nature hautement migratoire de ces 3 espèces, il est probable qu’une évaluation de la population mondiale doit être réalisée au moyen d’évaluations régionales complémentaires.

« Nous devrions penser au risque d’une attaque de requin comme à un accident de voiture. Par exemple, nous n’évaluons pas notre risque personnel d’avoir un accident de voiture dans les statistiques nationales sur les accidents de voiture année après année. Nous pensons à notre voiture, à la météo, aux conditions de la route et à d’autres facteurs très locaux », Stephen R. Midway.

Bien que les populations de requins soient mal définies, les interactions entre requins et humains sous la forme d’attaques non provoquées augmentent en nombre depuis plus d’un siècle et dans des lieux de plus en plus diversifiés. L’augmentation du nombre d’attaques – notamment aux États-Unis, en Australie et en Afrique du Sud – a été attribuée à l’augmentation de la population humaine et donc, à l’augmentation des activités de loisirs nautiques. En fait, bien que les médias populaires prétendent souvent qu’il y a de plus en plus d’attaques de requins, le risque réel peut effectivement diminuer dans certains endroits.

Il est important de comprendre à la fois le risque réel d’interaction Homme/requin et la manière dont ce risque varie dans le temps et dans l’espace. Parallèlement à une meilleure compréhension du risque par les autorités et le public, on souhaite un public informé dans les endroits où les populations de requins sont menacées, afin de ne pas en empirer le déclin. Notre objectif était de quantifier l’augmentation ou la diminution de la probabilité annuelle d’attaques de requin sur le plan national et régional. Au total, 14 pays et sept régions (sur un total de trois pays) ont été examinés.

Bien que l’augmentation de la population humaine puisse expliquer une certaine augmentation des attaques de requins, elle n’en explique pas tout. Il est probable que les populations de requins, le développement côtier et les conditions environnementales (entre autres facteurs) influencent les taux d’attaques des requins.

Dans l’ensemble, les tendances varient considérablement, sont fonction de nombreux facteurs sociaux et environnementaux interdépendants et les risques restent faibles. Toutefois, dans les régions très peuplées, comme les États-Unis ou le sud de l’Australie, les taux d’attaques de requins ont doublé au cours des 20 dernières années et, même s’ils restent relativement faibles, ils doivent être surveillés.

2018-attaques-dans-le-monde

Source 

2018 : Attaques de requins dans le monde

5 décès dans le monde.

Le rapport de l’ISAF (The International Shark Attack File) pour l’année 2018 vient de paraître.

Sauvegarde des requins vous en propose une synthèse.

Pour cette année, les attaques non provoquées sont en dessous de la moyenne par rapport aux 5 dernières années.

5 attaques mortelles dans le monde

130 incidents ont été reportés : 66 de ces incidents sont considérés comme des « attaques non provoquées » et 34 comme des « attaques provoquées » + 9 sur des bateaux (à moteur ou non) + 4 sur des personnes déjà décédées + 5 pour lesquels l’interaction avec un requin n’a pas été confirmé + 1 cas où le requin était habitué à la présence humaine + 1 incident dans un aquarium public + 10 cas pour lesquels un doute sérieux est émis sur l’espèce, le requin n’étant pas impliqué.

Rappel :

 « Attaques non provoquées » sont définies comme des incidents où une attaque sur un homme en vie par un requin qui se produit dans son habitat naturel, sans provocation de l’homme sur le requin.

« Attaques provoquées » : attaques résultants d’une interaction provoquée par l’homme c’est-à-dire quand un humain initie un contact physique avec un requin, par exemple, un plongeur mordu après avoir attrapé un requin, les attaques contre les pêcheurs (pêche sous-marine) et impliquant le fait que  les requins se nourrissaient, les morsures suite au décrochage ou l’enlèvement d’un requin d’un filet de pêche, etc .

Ainsi l’année 2018 compte 66 « attaques provoquées » contre une moyenne de 84 pour la période 2013 à 2017. 5 attaques mortelles dans le monde cette année (dont 1 « provoquée ») contre une moyenne de 6.

L’ISAF retient donc le chiffre de 4 attaques mortelles. 

Texte ISAF

ISAF

 

Une corrélation est établie entre le nombre d’usagers de la mer et les interactions Homme-Requin.

« Le fichier international d’attaque des requins (ISAF) n’attribue pas d’importance aux tendances à court terme, car il faut s’attendre à des fluctuations annuelles des interactions homme-requin. La variabilité inter-annuelle des conditions océanographiques, socio-économiques et météorologiques influe de manière significative sur l’abondance locale des requins et des hommes dans l’eau et, par conséquent, sur les chances d’une rencontre. »

 

Les Etats-Unis comptent le plus grand nombre d’attaques « non provoquées » (48% des attaques dans le monde), soit 32 attaques dont 1 mortelle.

Le nombre total d’attaques de requins non provoquées dans le monde est très faible compte tenu du nombre d’usagers de la mer, chaque année. Pendant des décennies, les taux de mortalité dans le monde ont continué à baisser en raison des progrès réalisés en matière de sécurité des plages, d’urgence médicale et de sensibilisation du public.

Traduction : Sauvegarde des Requins

Source ISAF